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Victor Hugo - Les Rayons et les Ombres
VII
Maintenant, - toi qui vas hors des routes tracées, Ô pétrisseur de bronze, ô mouleur de pensées, Considère combien les hommes sont petits, Et maintiens-toi superbe au-dessus des partis! Garde la dignité de ton ciseau sublime. Ne laisse pas toucher ton marbre par la lime Des sombres passions qui rongent tant d'esprits. Michel-Ange avait Rome et David a Paris. Donne donc à ta ville, ami, ce grand exemple Que, si les marchands vils n'entrent pas dans le temple, Les fureurs des tribuns et leur songe abhorré N'entrent pas dans le coeur de l'artiste sacré. Refuse aux cours ton art, donne aux peuples tes veilles, C'est bien, ô mon sculpteur! mais loin de tes oreilles Chasse ceux qui s'en vont flattant les carrefours. Toi, dans ton atelier, tu dois rêver toujours, Et, de tout vice humain écrasant la couleuvre, Toi-même par degrés t'éblouir de ton oeuvre! Ce que ces hommes-là font dans l'ombre ou défont Ne vaut pas ton regard levé vers le plafond Cherchant la beauté pure et le grand et le juste. Leur mission est basse et la tienne est auguste. Et qui donc oserait mêler un seul moment Aux mêmes visions, au même aveuglement, Aux mêmes voeux haineux, insensés ou féroces, Eux, esclaves des nains, toi, père des colosses!
XXI. À UN POÈTE
Ami, cache ta vie et répands ton esprit.
Un tertre, où le gazon diversement fleurit ; Des ravins où l'on voit grimper les chèvres blanches ; Un vallon, abrité sous un réseau de branches Pleines de nids d'oiseaux, de murmures, de voix, Qu'un vent joyeux remue, et d'où tombe parfois, Comme un sequin jeté par une main distraite, Un rayon de soleil dans ton âme secrète ; Quelques rocs, par Dieu même arrangés savamment Pour faire des échos au fond du bois dormant ; Voilà ce qu'il te faut pour séjour, pour demeure! C'est là, - que ta maison chante, aime, rie ou pleure, - Qu'il faut vivre, enfouir ton toit, borner tes jours, Envoyant un soupir à peine aux antres sourds,
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