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Victor Hugo - Les Rayons et les Ombres
Où toute soif s'épanche, où se lave toute aile ; Et les bois et les champs, du sage seul compris, Font l'éducation de tous les grands esprits! Laisse croître l'enfant parmi nos bruits sublimes. Nous le pénétrerons de ces parfums intimes, Nés du souffle céleste épars dans tout beau lieu, Qui font sortir de l'homme et monter jusqu'à Dieu, Comme le chant d'un luth, comme l'encens d'un vase, L'espérance, l'amour, la prière, et l'extase! Nous pencherons ses yeux vers l'ombre d'ici-bas, Vers le secret de tout entr'ouvert sous ses pas. D'enfant nous le ferons homme, et d'homme poète. Pour former de ses sens la corolle inquiète, C'est nous qu'il faut choisir ; et nous lui montrerons Comment, de l'aube au soir, du chêne aux moucherons, Emplissant tout, reflets, couleurs, brumes, haleines, La vie aux mille aspects rit dans les vertes plaines. Nous te le rendrons simple et des cieux ébloui : Et nous ferons germer de toutes parts en lui Pour l'homme, triste effet perdu sous tant de causes, Cette pitié qui naît du spectacle des choses! Laissez-nous cet enfant! nous lui ferons un coeur Qui comprendra la femme ; un esprit non moqueur, Où naîtront aisément le songe et la chimère, Qui prendra Dieu pour livre et les champs pour grammaire, Un âme, pur foyer de secrètes faveurs, Qui luira doucement sur tous les fronts rêveurs, Et, comme le soleil dans les fleurs fécondées, Jettera des rayons sur toutes les idées! "
Ainsi parlaient, à l'heure où la ville se tait, L'astre, la plante et l'arbre, - et ma mère écoutait.
Enfants! ont-ils tenu leur promesse sacrée? Je ne sais. Mais je sais que ma mère adorée Les crut, et, m'épargnant d'ennuyeuses prisons, Confia ma jeune âme à leurs douces leçons.
Dès lors, en attendant la nuit, heure où l'étude Rappelait ma pensée à sa grave attitude, Tout le jour, libre, heureux, seul sous le firmament, Je pus errer à l'aise en ce jardin charmant, Contemplant les fruits d'or, l'eau rapide ou stagnante, L'étoile épanouie et la fleur rayonnante, Et les prés et les bois, que mon esprit le soir, Revoyait dans Virgile ainsi qu'en un miroir.
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