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Victor Hugo - Les Rayons et les Ombres
Puisque le souvenir de nos grandes batailles Ne brûle pas en eux comme un sacré flambeau ; Puisqu'ils n'ont pas de coeur ; puisqu'ils n'ont point d'entrailles ; Puisqu'ils t'ont refusé la pierre d'un tombeau ;
C'est à nous de chanter un chant expiatoire! C'est à nous de t'offrir notre deuil à genoux! C'est à nous, c'est à nous de prendre ta mémoire Et de l'ensevelir dans un vers triste et doux!
C'est à nous cette fois de garder, de défendre La mort contre l'oubli, son pâle compagnon ; C'est à nous d'effeuiller des roses sur ta cendre ; C'est à nous de jeter des lauriers sur ton nom!
Puisqu'un stupide affront, pauvre femme endormie, Monte jusqu'à ton front que César étoila, C'est à moi, dont ta main pressa la main amie, De te dire tout bas : Ne crains rien! je suis là!
Car j'ai ma mission! car, armé d'une lyre, Plein d'hymnes irrités ardents à s'épancher, Je garde le trésor des gloires de l'empire ; Je n'ai jamais souffert qu'on osât y toucher!
Car ton coeur abondait en souvenirs fidèles! Dans notre ciel sinistre et sur nos tristes jours, Ton noble esprit planait avec de nobles ailes, Comme un aigle souvent, comme un ange toujours!
Car, forte pour tes maux et bonne pour les nôtres, Livrée à la tempête et femme en proie au sort, Jamais tu n'imitas l'exemple de tant d'autres, Et d'une lâcheté tu ne te fis un port!
Car toi, la muse illustre, et moi, l'obscur apôtre, Nous avons dans ce monde eu le même mandat, Et c'est un noeud profond qui nous joint l'un à l'autre, Toi, veuve d'un héros, et moi, fils d'un soldat!
Aussi, sans me lasser, dans cette Babylone, Des drapeaux insultés baisant chaque lambeau, J'ai dit pour l'empereur : Rendez-lui sa colonne! Et je dirai pour toi : Donnez-lui son tombeau!
XIII
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