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Victor Hugo - Les Rayons et les Ombres

Et l'ombre, afin de voir le jour!

Va dans les bois! va sur les plages!
Compose tes chants inspirés

Avec la chanson des feuillages

Et l'hymne des flots azurés!

Dieu t'attend dans les solitudes ;

Dieu n'est pas dans les multitudes ;

L'homme est petit, ingrat et vain.

Dans les champs tout vibre et soupire.

La nature est la grande lyre,

Le poète est l'archet divin!

Sors de nos tempêtes, ô sage!
Que pour toi l'empire en travail,

Qui fait son périlleux passage

Sans boussole et sans gouvernail,

Soit comme un vaisseau qu'en décembre

Le pêcheur, du fond de sa chambre

Où pendent les filets séchés,

Entend la nuit passer dans l'ombre

Avec un bruit sinistre et sombre

De mâts frissonnants et penchés!

II

Hélas! hélas! dit le poète,
J'ai l'amour des eaux et des bois ;

Ma meilleure pensée est faite

De ce que murmure leur voix.

La création est sans haine.

Là, point d'obstacle et point de chaîne.

Les prés, les monts, sont bienfaisants ;

Les soleils m'expliquent les roses ;

Dans la sérénité des choses

Mon âme rayonne en tous sens.

Je vous aime, ô sainte nature!
Je voudrais m'absorber en vous ;

Mais, dans ce siècle d'aventure,

Chacun, hélas! se doit à tous.

Toute pensée est une force.

Dieu fit la sève pour l'écorce,

Pour l'oiseau les rameaux fleuris,

Le ruisseau pour l'herbe des plaines,

Pour les bouches, les coupes pleines,

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