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Victor Hugo - Les Rayons et les Ombres
Qu'est-ce qu'une maison dont le seuil est désert? Qu'un lit sans un berceau? Dieu clément! à quoi sert Le regard maternel sans l'enfant qui repose? À quoi bon ce sein blanc sans cette bouche rose?
Après avoir longtemps, le coeur mort, les yeux morts, Erré sur le tombeau comme étant en dehors, - Longtemps! ce sont ici des paroles humaines, Hélas! il a suffi de bien peu de semaines! - Malheureuse! en deux mois tout s'est évanoui. Hier elle était folle, elle est morte aujourd'hui!
Il suffit qu'un oiseau vienne sur une rive Pour qu'un deuxième oiseau tout en hâte l'y suive. Sur deux il en est un toujours qui va devant. Après avoir à peine ouvert son aile au vent, Il vint, le bel enfant, s'abattre sur la tombe ; Elle y vint après lui, comme une autre colombe.
On a creusé la terre, et là, sous le gazon, On a mis la nourrice auprès du nourrisson.
Et moi je dis : - Seigneur! votre règne est austère! Seigneur! vous avez mis partout un noir mystère, Dans l'homme et dans l'amour, dans l'arbre et dans l'oiseau, Et jusque dans ce lait que réclame un berceau, Ambroisie et poison, doux miel, liqueur amère, Fait pour nourrir l'enfant ou pour tuer la mère!
XII. À LAURE, DUCH. D'A. [Le conseil municipal de la ville de Paris a refusé de donner six pieds de terre dans le cimetière du Père-Lachaise pour le tombeau de la veuve de Junot, ancien gouverneur de Paris.
Le ministre de l'intérieur a également refusé un morceau de marbre pour ce monument. (Journaux de février 1840)]
Puisqu'ils n'ont pas compris dans leur étroite sphère, Qu'après tant de splendeur, de puissance et d'orgueil, Il était grand et beau que la France dût faire L'aumône d'une fosse à ton noble cercueil ;
Puisqu'ils n'ont pas senti que celle qui sans crainte Toujours loua la gloire et flétrit les bourreaux A le droit de dormir sur la colline sainte, A le droit de dormir à l'ombre des héros ;
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