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Victor Hugo - Les Rayons et les Ombres

Du sépulcre des rois!

On croyait dans ce siècle où tout était prière ;
Où Louis, au moment de ravir La Vallière,

S'arrêtait éperdu devant un crucifix ;

Où l'autel rayonnait près du trône prospère ;

Où, quand le roi disait : Dieu seul est grand, mon père?

L'évêque répondait : Dieu seul est grand, mon fils!

Les pâtres maintenant dorment dans les ravines ;
Jérusalem est turque ; et les moissons divines

N'ont plus de moissonneur ;

La royauté décline et le peuple se lève.

- Hélas! l'homme aujourd'hui ne croit plus, mais il rêve. -

Lequel vaut mieux, Seigneur?

VI. SUR UN HOMME POPULAIRE

Ô peuple! sous ce crâne où rien n'a pénétré,
Sous l'auguste sourcil morose et vénéré

Du tribun et du cénobite,

Sous ce front dont un jour les révolutions

Feront en l'entr'ouvrant sortir les visions,

Une pensée affreuse habite.

Dans l'Inde ainsi parfois le passant curieux
Contemple avec respect un mont mystérieux,

Cime des nuages touchée,

Rêve et croit respirer, sans approcher trop près,

Dans ces rocs, dans ces eaux, dans ces mornes forêts,

Une divinité cachée.

L'intérieur du mont en pagode est sculpté.
Puis vient enfin le jour de la solennité.

On brise la porte murée.

Le peuple accourt en poussant des cris tumultueux ; -

L'idole alors, foetus aveugle et monstrueux,

Sort de la montagne éventrée.

VII. LE MONDE ET LE SIÈCLE

Que faites-vous, Seigneur? à quoi sert votre ouvrage?
À quoi bon l'eau du fleuve et l'éclair de l'orage?

Les prés? les ruisseaux purs qui lavent le gazon?

Et, sur les coteaux verts dont s'emplit l'horizon,

Les immenses troupeaux aux fécondes haleines

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