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Victor Hugo - Les Rayons et les Ombres
Blanche entre les fronts purs marqués d'un divin signe Et tu seras de ceux qui, sans peur, sans ennuis, Des saintes actions amassant la richesse, Rangent leur barque au port, leur vie à la sagesse Et, priant tous les soirs, dorment toutes les nuits!
V. LE POÈTE À LUI-MÊME
Tandis que sur les bois, les prés et les charmilles, S'épanchent la lumière et la splendeur des cieux, Toi, poète serein, répands sur les familles, Répands sur les enfants et sur les jeunes filles, Répands sur les vieillards ton chant religieux!
Montre du doigt la rive à tous ceux qu'une voile Traîne sur le flot noir par les vents agité ; Aux vierges, l'innocence, heureuse et noble étoile ; À la foule, l'autel que l'impiété voile ; Aux jeunes, l'avenir ; aux vieux, l'éternité!
Fais filtrer ta raison dans l'homme et dans la femme. Montre à chacun le vrai du côté saisissant. Que tout penseur en toi trouve ce qu'il réclame. Plonge Dieu dans les coeurs, et jette dans chaque âme Un mot révélateur, propre à ce qu'elle sent.
Ainsi, sans bruit, dans l'ombre, ô songeur solitaire, Ton esprit, d'où jaillit ton vers que Dieu bénit, Du peuple sous tes pieds perce le crâne austère ; - Comme un coin lent et sûr, dans les flancs de la terre La racine du chêne entr'ouvre le granit.
V
On croyait dans ces temps où le pâtre nocturne, Loin dans l'air, au-dessus de son front taciturne, Voyait parfois, témoin par l'ombre recouvert, Dans un noir tourbillon de tonnerre et de pluie, Passer rapidement la figure éblouie D'un prophète emporté par l'Esprit au désert!
On croyait dans les jours du barde et du trouvère! Quand tout un monde armé se ruait au Calvaire, Pour délivrer la croix, Et pour voir le lac sombre où Jésus sauva Pierre, L'Horeb et le Cédron, et les portes de pierre
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