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Victor Hugo - Les Rayons et les Ombres
Dans un coin une table, un fauteuil de velours, Miraient dans le parquet leurs pieds dorés et lourds. Par une porte en vitre, au dehors, l'oeil en foule Apercevait au loin des armoires de Boulle, Des vases du Japon, des laques, des émaux, Et des chandeliers d'or aux immenses rameaux. Un salon rouge orné de glaces de Venise, Plein de ces bronzes grecs que l'esprit divinise, Multipliait sans fin ses lustres de cristal ; Et, comme une statue à lames de métal, On voyait, casque au front, luire dans l'encoignure Un garde argent et bleu d'une fière tournure.
Or entre le poète et le vieux roi courbé, De quoi s'agissait-il? D'un pauvre ange tombé Dont l'amour refaisait l'âme avec son haleine ; De Marion, lavée ainsi que Madeleine, Qui boitait et traînait son pas estropié, La censure, serpent, l'ayant mordue au pied.
Le poète voulait faire un soir apparaître Louis treize, ce roi sur qui régnait un prêtre ; - Tout un siècle, marquis, bourreaux, fous, bateleurs ; Et que la foule vînt, et qu'à travers des pleurs, Par moments, dans un drame étincelant et sombre, Du pâle cardinal on crût voir passer l'ombre.
Le vieillard hésitait : - Que sert de mettre à nu Louis treize, ce roi chétif et mal venu? À quoi bon remuer un mort dans une tombe? Que veut-on? où court-on? sait-on bien où l'on tombe? Tout n'est-il pas déjà croulant de tout côté? Tout ne s'en va-t-il pas dans trop de liberté? N'est-il pas temps plutôt, après quinze ans d'épreuve, De relever la digue et d'arrêter le fleuve? Certe, un roi peut reprendre alors qu'il a donné. Quant au théâtre, il faut, le trône étant miné, Étouffer des deux mains sa flamme trop hardie ; Car la foule est le peuple, et d'une comédie Peut jaillir l'étincelle aux livides rayons Qui met le feu dans l'ombre aux révolutions. - Puis il niait l'histoire, et, quoi qu'il puisse en être, À ce jeune rêveur disputait son ancêtre ; L'accueillant bien d'ailleurs, bon, royal, gracieux,
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