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Victor Hugo - Les Rayons et les Ombres
Tout ce que le ciel peut bénir. Toute idée, humaine ou divine, Qui prend le passé pour racine A pour feuillage l'avenir.
Il rayonne! il jette sa flamme Sur l'éternelle vérité! Il la fait resplendir pour l'âme D'une merveilleuse clarté. Il inonde de sa lumière Ville et désert, Louvre et chaumière, Et les plaines et les hauteurs ; À tous d'en haut il la dévoile ; Car la poésie est l'étoile Qui mène à Dieu rois et pasteurs!
II. LE SEPT AOÛT MIL HUIT CENT VINGT-NEUF
C'était le sept août. Ô sombre destinée! C'était le premier jour de leur dernière année.
Seuls dans un lieu royal, côte à côté marchant, Deux hommes, par endroits du coude se touchant, Causaient. Grand souvenir qui dans mon coeur se grave! Le premier avait l'air fatigué, triste et grave, Comme un trop faible front qui porte un lourd projet. Une double épaulette à couronne chargeait Son uniforme vert à ganse purpurine, Et l'ordre et la toison faisaient sur sa poitrine, Près du large cordon moiré de bleu changeant, Deux foyers lumineux, l'un d'or, l'autre d'argent. C'était un roi ; vieillard à la tête blanchie, Penché du poids des ans et de la monarchie. L'autre était un jeune homme étranger chez les rois, Un poète, un passant, une inutile voix.
Ils se parlaient tous deux, sans témoins, sans mystère, Dans un grand cabinet, simple, nu, solitaire, Majestueux pourtant. Ce que les hommes font Laisse une empreinte aux murs. Sous ce même plafond Avaient passé jadis, ô splendeurs effacées! De grands événements et de grandes pensées. Là, derrière son dos, croisant ses fortes mains, Ébranlant le plancher sous ses pas surhumains, Bien souvent l'empereur quand il était le maître, De la porte en rêvant allait à la fenêtre.
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