bibliotheq.net - littérature française
 

Victor Hugo - Les Chansons des rues et des bois

Ô fraîcheur du rire ! ombre pure !
Mystérieux apaisement !

Dans l'immense lueur obscure

On s'emplit d'éblouissement.

Adieu les vains soucis funèbres !
On ne se souvient que du beau.

Si toute la vie est ténèbres,

Toute la nature est flambeau.

Qu'ailleurs la bassesse soit grande,
Que l'homme soit vil et bourbeux,

J'en souris, pourvu que j'entende

Une clochette au cou des boeufs.

Il est bien certain que les source,
Les arbres pleins de doux ébats,

Les champs, sont les seules ressources

Que l'âme humaine ait ici-bas.

Ô solitude, tu m'accueilles
Et tu m'instruis sous le ciel bleu ;

Un petit oiseau sous les feuilles,

Chantant, suffit à prouver Dieu.

VI. L'ÉTERNEL PETIT ROMAN

I
Le doigt de la femme

Dieu prit sa plus molle argile
Et son plus pur kaolin,

Et fit un bijou fragile,

Mystérieux et câlin.

Il fit le doigt de la femme,
Chef-d'oeuvre auguste et charmant,

Ce doigt fait pour toucher l'âme

Et montrer le firmament.

Il mit dans ce doigt le reste
De la lueur qu'il venait

D'employer au front céleste

De l'heure où l'aurore naît.

< page précédente | 80 | page suivante >

 
La plupart des textes et des images de ce site font partie du domaine public. Les droits d'auteur pour la présentation des matériaux
et le design du site appartiennent à bibliotheq.net. Toute suggestion et correction est la bienvenue.