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Victor Hugo - Les Chansons des rues et des bois

Dans les urnes de la clarté ;

L'alérion aux bonds sublimes,
Qui se cabre, immense, indompté,

Plein du hennissement des cimes,

Dans la bleue immortalité.

Tout génie, élevant sa coupe,
Dressant sa torche, au fond des cieux,

Superbe, a passé sur la croupe

De ce monstre mystérieux.

Les poètes et les prophètes,
Ô terre, tu les reconnais

Aux brûlures que leur ont faites

Les étoiles de son harnais.

Il souffle l'ode, l'épopée,
Le drame, les puissants effrois,

Hors des fourreaux les coups d'épée,

Les forfaits hors du coeur des rois.

Père de la source sereine,
Il fait du rocher ténébreux

Jaillir pour les Grecs Hippocrène

Et Raphidim pour les Hébreux.

Il traverse l'Apocalypse ;
Pâle, il a la mort sur son dos.

Sa grande aile brumeuse éclipse

La lune devant Ténédos.

Le cri d'Amos, l'humeur d'Achille
Gonfle sa narine et lui sied ;

La mesure du vers d'Eschyle,

C'est le battement de son pied.

Sur le fruit mort il penche l'arbre,
Les mères sur l'enfant tombé ;

Lugubre, il fait Rachel de marbre,

Il fait de pierre Niobé.

Quand il part, l'idée est sa cible ;
Quand il se dresse, crins au vent,

L'ouverture de l'impossible

Luit sous ses deux pieds de devant.

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