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Victor Hugo - Les Chansons des rues et des bois

Sort, ayant au bec une perle ;
Cette perle agonise, hélas !

C'est le poisson qui, tout à l'heure,
Poursuivait l'aragne, courant

Sur sa bleue et vague demeure,

Sinistre monde transparent.

Un coup de fusil dans la haie,
Abois d'un chien ; c'est le chasseur.

Et, pensif, je sens une plaie

Parmi toute cette douceur.

Et, sous l'herbe pressant la fange,
Triste passant de ce beau lieu,

Je songe au mal, énigme étrange,

Faute d'orthographe de Dieu.

III. LIBERTÉ, ÉGALITÉ, FRATERNITÉ

I
Depuis six mille ans la guerre

Plaît aux peuples querelleurs,

Et Dieu perd son temps à faire

Les étoiles et les fleurs.

Les conseils du ciel immense,
Du lys pur, du nid doré,

N'ôtent aucune démence

Du coeur de l'homme effaré.

Les carnages, les victoires,
Voilà notre grand amour ;

Et les multitudes noires

Ont pour grelot le tambour.

La gloire, sous ses chimères
Et sous ses chars triomphants,

Met toutes les pauvres mères

Et tous les petits enfants.

Notre bonheur est farouche ;
C'est de dire : Allons ! mourons !

Et c'est d'avoir à la bouche

La salive des clairons.

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