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Victor Hugo - Les Chansons des rues et des bois

Pendant que, déployant ses voiles,
L'ombre, où se mêle une rumeur,

Semble élargir jusqu'aux étoiles

Le geste auguste du semeur.

II. OISEAUX ET ENFANTS

I

Oh ! les charmants oiseaux joyeux !
Comme ils maraudent ! comme ils pillent !

Où va ce tas de petits gueux

Que tous les souffles éparpillent ?

Ils s'en vont au clair firmament ;
Leur voix raille, leur bec lutine ;

Ils font rire éternellement

La grande nature enfantine.

Ils vont aux bois, ils vont aux champs,
À nos toits remplis de mensonges,

Avec des cris, avec des chants,

Passant, fuyant, pareils aux songes.

Comme ils sont près du Dieu vivant
Et de l'aurore fraîche et douce,

Ces gais bohémiens du vent

N'amassent rien qu'un peu de mousse.

Toute la terre est sous leurs yeux ;
Dieu met, pour ces purs êtres frêles,

Un triomphe mystérieux

Dans la légèreté des ailes.

Atteignent-ils les astres ? Non.
Mais ils montent jusqu'aux nuages.

Vers le rêveur, leur compagnon,

Ils vont, familiers et sauvages.

La grâce est tout leur mouvement,
La volupté toute leur vie ;

Pendant qu'ils volent vaguement

La feuillée immense est ravie.

L'oiseau va moins haut que Psyché.

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