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Victor Hugo - La fin de Satan

D'on ne sait quel vil peuple, envieux des bourreaux;
Au milieu des affronts il est comme une cible.

On étend l'homme, nu comme un Adam terrible,

Sur le gibet qu'il a traîné dans le chemin;

On enfonce des clous dans ses mains; chaque main

Jette un long flot de sang à celui qui la cloue,

Et le bourreau blasphème en essuyant sa joue;

La foule rit. On cloue après les mains, les pieds;

Le marteau maladroit meurtrit ses doigts broyés;

On appuie à son front la couronne d'épines;

Puis, entre deux bandits expiant leurs rapines,

On élève la croix en jurant, en frappant,

En secouant le corps qui se disloque et pend;

Le sang le long du bois en ruisseaux rouges coule;

Et la mère est en bas qui gémit; et la foule

Rit: - Voyons, dieu Jésus, descends de cette croix; -

Une éponge de fiel se dresse. - As-tu soif? bois; -

Le peuple horrible a l'air du loup dans le repaire;

Et le grand patient dit: - Pardonnez-leur, Père,

Car ces infortunés ne savent ce qu'ils font.

Et voici que la terre avec le ciel se fond.
Nuit! ô nuit; tout frémit, même le prêtre louche.

Et soudain, à ce cri qui sort de cette bouche:

- Elohim; Elohim; lamma sabacthani! -

On voit un tremblement au fond de l'infini,

Et comme un blême éclair qui tressaille et qui sombre

Dans l'immobilité formidable de l'ombre.

*

Et pendant que les coeurs, les mains jointes, les yeux,
Sont éperdus devant ce gibet monstrueux,

Pendant que, sous la brume épouvantable où tremble

Ce crime qui contient tous les crimes ensemble,

Brume où Judas recule, où chancelle la croix,

Où le centurion s'étonne et dit: je crois;

Pendant que, sous le poids de l'action maudite,

Sous Dieu saignant, l'effroi du genre humain médite,

Des voix parlent, on voit des songeurs bégayants,

La pitié se déchire en récits effrayants.

La tradition, fable errante qu'on recueille,

Entrecoupée ainsi que le vent dans la feuille,

Apparaît, disparaît, revient, s'évanouit,

Et, tournoyant sur l'homme en cette étrange nuit,

La légende sinistre, éparse dans les bouches,

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