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Victor Hugo - La fin de Satan
Monde où je n'ai de bon que mon ingratitude, Sois maudit par celui que tu viens d'épargner; Puisse à jamais ce Christ sur ta tête saigner; Qu'un déluge d'opprobre et de deuil t'engloutisse, Homme, plus prompt à choir du haut de la justice Que l'éclair à tomber du haut du firmament; Sois maudit dans ces clous, dans ce gibet fumant, Dans ce fiel! sois maudit dans ma chaîne brisée; Sois damné, monde à qui le sang sert de rosée, Pour m'avoir délivré, pour l'avoir rejeté, Monde affreux qui fais grâce avec férocité, Toi dont l'aveuglement crucifie et lapide, Toi qui n'hésites pas sur l'abîme, et, stupide, N'as pas même senti frissonner un cheveu Dans ce choix formidable entre Satan et Dieu;
III. LE CRUCIFIX
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Depuis ce jour, pareille au damné qui rend compte, La morne humanité, sur qui pèse la honte Des justes condamnés et des méchants absous, Est comme renversée en arrière au-dessous D'une vision triste, éternelle et terrible. Un Calvaire apparaît dans la nuée horrible Que tout le genre humain regarde fixement; Une lividité de crâne et d'ossement Couvre ce mont difforme où monte un homme pâle; L'homme porte une croix, et l'on entend son râle, Ses pieds dans les cailloux saignent, ses yeux noyés Pleurent, pleins de crachats qu'on n'a pas essuyés, Le sang colle et noircit ses cheveux sur sa tempe; Et l'homme, que la croix accable, tombe, rampe, Se traîne, et sur ses mains retombe, et par moment Ne peut plus que lever son front lugubrement.
Et l'oeil du genre humain frémissant continue De regarder monter cet homme dans la nue.
Une tourbe le suit; il arrive au plateau; D'infâmes poings crispés arrachent son manteau; Cris féroces; va donc! pas de miséricorde; Il va, montrant son dos rouge de coups de corde, Hué par l'aboiement et mordu par les crocs
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