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Victor Hugo - La fin de Satan

Réponds, bandit, lequel des deux veux-tu qu'on sauve; »
J'aurais tendu mes poings et j'aurais dit: clouez;

Cieux; les rois sont bénis, les prêtres sont loués,

Le vêtement de gloire est sur l'âme de cendre;

Un gouffre était béant, l'homme vient d'y descendre;

Un crime restait vierge, il vient de l'épouser;

Oh; Caïn maintenant tue avec un baiser;

C'est fini; le dragon règne, le mal se fonde,

On ne chantera plus dans la forêt profonde,

Les hommes n'auront plus d'aurore dans leur coeur,

L'amour est mort, le deuil lamentable est vainqueur,

La dernière lueur s'éteint dans la nature;

Eux-mêmes ont de leur main fait cette fermeture

De la pierre effroyable et sourde du tombeau;

Puisque le vrai, le pur, le saint, le bon, le beau,

Est là sur ce poteau, tout est dit, rien n'existe.

L'homme est dorénavant abominable et triste,

Cette croix va couvrir d'échafauds les sommets;

Ce monde est de la proie; il aura désormais

L'obscurité pour loi, pour juge l'ignorance;

Vaincre sera pour lui la seule différence;

La mise en liberté des monstres lui convient;

Cette bête, la Nuit scélérate, le tient.

Le mal ne serait pas s'il n'avait pas une âme;

Cette chaîne d'horreur qui, dans ce monde infâme,

Commencée à César, s'achève à Barabbas,

Dépasse l'homme et va dans l'ombre encor plus bas;

Et, comme le serpent s'enfle sous la broussaille,

Je sens un être affreux qui sous terre tressaille.

Sois content, toi, là-bas, sous nos pieds; J'aperçois

Au fond de cette brume et devant cette croix

Ton grincement de dents, ce rire des ténèbres.

Et toi, vil monde, à race humaine, qui célèbres

Les rites de l'enfer sur des autels d'effroi,

Tremble en tes profondeurs; j'entends autour de toi

La réclamation des gueules de l'abîme.

Je demande à genoux pardon à ta victime;

Genre humain, ta noirceur en est là maintenant

Que le gibet saisit l'apôtre rayonnant,

Que sous le poids de l'ombre abjecte, l'aube expire,

Et que lui, le meilleur, périt sous moi, le pire;

Oh; je baise sa croix et ses pieds refroidis,

Et, monstrueusement sauvé par toi, je dis:

Malheur sur toi!

Malheur, monde impur, lâche et rude;

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