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Victor Hugo - La fin de Satan
Or, tout en cheminant, de la sorte, il se trouve Sur un espace sombre et qui semble un sommet; Il s'arrête, puis tend les mains, et se remet A rôder à travers la profondeur farouche.
Tout en marchant, il heurte un obstacle; il le touche; - Quel est cet arbre; où donc suis-je; dit Barabbas. Le long de l'arbre obscur il lève ses deux bras Si longtemps enchaînés qu'il les dresse avec peine. - Cet arbre est un poteau, dit-il. Il y promène Ses doigts par la torture atroce estropiés; Et tout à coup, hagard, pâle, il tâte des pieds. Comme un hibou surpris rentre sous la feuillée, Il retire sa main; elle est toute mouillée; Ces pieds sont froids, un clou les traverse, et de sang Et de fange et d'horreur tout le bois est glissant; Barabbas éperdu recule; son oeil s'ouvre Epouvanté, dans l'ombre épaisse qui le couvre, Et, par degrés, un blême et noir linéament S'ébauche à son regard sous l'obscur firmament; C'est une croix.
En bas on voit un vase où plonge Une touffe d'hysope entourant une éponge; Et, sur l'affreux poteau, nu, sanglant, les yeux morts, Le front penché, les bras portant le poids du corps, Ceint de cordes de chanvre autour des reins nouées, Le flanc percé, les pieds cloués, les mains clouées, Meurtri, ployé, pendant, rompu, défiguré, Un cadavre apparaît, blanc, et comme éclairé De la lividité sépulcrale du rêve; Et cette croix au fond du silence s'élève.
Barabbas, comme un homme en sursaut réveillé, Tressaillit. C'était bien un gibet, froid, souillé, Effroyable, fixé par des coins dans le sable. Il regarda. L'horreur était inexprimable; Le ciel était dissous dans une âcre vapeur Où l'on ne sentait rien sinon qu'on avait peur; Partout la cécité, la stupeur, une fuite De la vie, éclipsée, effrayée, ou détruite; Linceul sur Josaphat, suaire sur Sion; L'ombre immense avait l'air d'une accusation; Le monde était couvert d'une nuit infamante; C'était l'accablement plus noir que la tourmente; Pas une flamme, pas un souffle, pas un bruit.
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