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Victor Hugo - La fin de Satan
Fixe et terrifiant de l'infini hagard; Une chauve-souris éternelle l'effleure; Toujours quel que soit l'astre et quelle que soit l'heure, L'oeil dans ce champ lugubre entrevoit à demi L'épouvantable argent par Judas revomi; On sent là remuer des linceuls invisibles, Le sang pend goutte à goutte aux brins d'herbes terribles, Des vols mystérieux de larves font du vent Sur le front du songeur ténébreux et rêvant, Et de vagues blancheurs frissonnent dans la brume Hélas!
XIX. ECCE HOMO
C'était, le jour de Pâque, une coutume Fort ancienne, où les juifs et Rome étaient d'accord, Que le peuple, parmi les condamnés à mort, Choisit un misérable auquel on faisait grâce.
Prés du palais, lieu sombre où la foule s'entasse, Se pressait, comme autour des ruches les essaims, Le peuple de la ville et des pays voisins Qu'un licteur contenait du manche de sa hache. Les paysans, menant par la corde leur vache, Les femmes apportant au marché leurs paniers, Devant le seuil, gardé par douze centeniers, S'arrêtaient, éclairés par l'aurore vermeille. La rumeur de la fête avait depuis la veille Vers les quatre coteaux de Sion dirigé Les habitants d'Aser et ceux de Bethphagé, Ceux de Naim et ceux d'Émath; et sur la place Chaque faubourg avait versé sa populace; On y voyait aller et venir, sans bâton, Gais, l'oeil joyeux, des gens qui jadis, disait-on, Blêmes, et mendiant aux portes des boutiques, Etaient aveugles, sourds, boiteux, paralytiques, Et que l'homme appelé le Christ avait guéris. C'était la même foule aux tumultueux cris Qui, naguère, agitant au vent des branches vertes, Et les âmes à Dieu toutes grandes ouvertes, Battant des mains, chantant des cantiques, courait Dans les chemins devant Jésus de Nazareth. Plusieurs l'avaient béni comme un dieu qu'on écoute; Et, pour avoir jeté leurs manteaux sur sa route, Ils avaient de la terre encore à leurs habits. Deux hastati de Rome, aux casques bien fourbis,
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