|
Victor Hugo - La fin de Satan
Où? dans quel vil ravin? dans quel recoin maudit? Comment ce criminel subit-il sa sentence? De quel arbre effrayant fit-il une potence? Est-ce à quelque vieux clou d'un mur qui pourrissait Qu'il attacha le noeud vengeur? Nul ne le sait. Cette corde à jamais flotte dans les ténèbres.
XVIII. LE CHAMP DU POTIER
Oh! des champs sont fatals, des charniers sont célèbres, Des plaines et des mers sont sanglantes, parfois Des vallons ont la marque effroyable des rois L'odeur des attentats, la trace des carnages; Des crimes monstrueux, comme des personnages, Ont traversé des bois ou des rochers, qu'on voit Avec peur, en mettant sur ses lèvres son doigt, Ascalon est hideux, Josaphat est austère, Le lac Asphalte est noir; mais pas un lieu sur terre Ne te passe en horreur, funèbre Haceldama! Les vases qu'un potier de ta fange forma Tremblent dans la lueur trouble des catacombes Et blêmissent ainsi que des urnes de tombes; Sans doute, dans l'endroit implacable et profond, Ce sont ces vases-là que portent sur le front Les spectres, quand ils vont puiser de l'ombre au gouffre. Ton nom semble tragique et fait d'un mot qui souffre, Haceldama! ce mot crie ainsi qu'un blessé.
Le sac de Judas fut des prêtres ramassé.
Or ils cherchaient un lieu de sépulture vile Pour les gentils mourant par hasard dans la ville, Afin que l'étranger restât toujours dehors, Et ne fût pas chez lui, même étant chez les morts. Ils choisirent l'enclos du potier solitaire.
Les trente écus dont fut payé ce coin de terre Avaient déjà servi pour payer Jésus-Christ.
Et ce lieu depuis lors est nocturne.
Il fleurit. Il verdoie, et l'aurore en s'éveillant le touche, Rien ne peut dissiper sa nuit; il est farouche. Il appartient au deuil, au silence, au regard
|