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Victor Hugo - La fin de Satan

Le meurtre, l'attentat, les luxures livides
Riaient, buvaient, chantaient, régnaient; les fils avides

Soufflaient sur les parents comme sur un flambeau;

Ce que la mort assise au seuil noir du tombeau

Voyait d'horreurs, faisait parler cette muette.

La nuit du coeur humain effrayait la chouette;

L'ignorance indignait l'âne; les guet-apens,

Les dols, les trahisons faisaient honte aux serpents;

Si bien que l'homme ayant rempli son âme immonde

D'abîmes, Dieu put dire au gouffre: Emplis le monde.

L'urne du gouffre alors se pencha. Le jour fuit;
Et tout ce qui vivait et marchait devint nuit.

Eve joignit les mains dans sa tombe profonde.

II
Tout avait disparu. L'onde montait sur l'onde.

Dieu lisait dans son livre et tout était détruit.

Dans le ciel par moments on entendait le bruit

Que font en se tournant les pages d'un registre.

L'abîme seul savait, dans sa brume sinistre,

Ce qu'étaient devenus l'homme, les voix, les monts.

Les cèdres se mêlaient sous l'onde aux goémons;

La vague fouillait l'antre où la bête se vautre.

Les oiseaux fatigués tombaient l'un après l'autre.

Sous cette mer roulant sur tous les horizons

On avait quelque temps distingué des maisons,

Des villes, des palais difformes, des fantômes

De temples dont les flots faisaient trembler les dômes;

Puis l'angle des frontons et la blancheur des fûts

S'étaient mêlés au fond de l'onde aux plis confus;

Tout s'était effacé dans l'horreur de l'eau sombre.

Le gouffre d'eau montait sous une voûte d'ombre;

Par moments, sous la grêle, au loin, on pouvait voir

Sur le blême horizon passer un coffre noir;

On eût dit qu'un cercueil flottait dans cette tombe.

Les tourbillons hurlants roulaient l'écume en trombe.

Des lueurs frissonnaient sur la rondeur des flots.

Ce n'était ni le jour, ni la nuit. Des sanglots,

Et l'ombre. L'orient ne faisait rien éclore.

Il semblait que l'abîme eût englouti l'aurore.

Dans les cieux, transformés en gouffres inouïs,

La lune et le soleil s'étaient évanouis;

L'affreuse immensité n'était plus qu'une bouche

Noire et soufflant la pluie avec un bruit farouche.

La nuée et le vent passaient en se tordant.

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