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Victor Hugo - La fin de Satan
Est-il rebelle? est-il voleur de grand chemin? Cela n'est point prouvé par les juifs: c'est leur culte Qui semble avoir souffert de l'homme quelque insulte; Or jamais un dieu juif ne recevra d'affront Dont César sentira la rougeur à son front. Un blasphémateur juif est-il un parricide? Ce sanhédrin le dit; que le préteur décide. Ces peuples, après tout, respectent le tribun; S'ils tiennent à la mort honteuse de quelqu'un, César clément leur peut accorder cette grâce.
Pendant que Plancus parle, un murmure s'amasse Dans l'auditoire plein de gestes et de voix; Tous les prêtres hagards éclatent à la fois:
- Préteur! c'est ton devoir de crucifier l'homme! Il s'est dit Roi des Juifs; il est rebelle à Rome; Notre dogme est ici d'accord avec ta loi; Et c'est nier César que de s'affirmer roi.
Un licteur sous le porche écoute sans colère.
Derrière le licteur est l'homme consulaire, Ponce Pilate, assis, distrait, calme, indolent.
Son pied chaussé de pourpre est sur du marbre blanc; Ce marbre, qui l'exhausse au fond de la coupole, Pour les romains l'honore et pour les juifs l'isole; Et nul autre que lui ne touche du talon Cette dalle que fit placer là Corbulon, Proconsul en l'an deux du consulat d'Octave. Pilate, ancien préfet dans le pays batave, Fut si fidèle au temps de la rébellion Qu'Auguste lui donna sa villa de Lyon. Il est procurateur, lieutenant consulaire. Le port de Tyr lui paie un talent par galère; Il possède à Cythère en Grèce, un revenu Que lui doivent, le droit de César retenu, Les chercheurs de corail et les pêcheurs d'éponges. Sa femme Procula sait le secret des songes. C'est un homme d'esprit prudent, d'âge moyen. Le peuple juif méprise en tremblant ce payen. Pilate autour du front porte trois bandelettes Dont une est écarlate et deux sont violettes; Sa laticlave blanche à bandes rouges pend Sur un nain familier entre ses pieds rampant;
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