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Victor Hugo - La fin de Satan
Se réfugie, ainsi qu'une orfraie effarée, Dans une sorte d'ombre inquiète et sacrée; Jadis le peuple vil qui fourmille au soleil Parfois apercevait cet austère appareil Que la loi triste emplit de sa vague colère, Les tables, les gradins, la chambre circulaire, Les docteurs dans leur chaire assis sur les hauteurs, Les scribes dans leur stalle aux genoux des docteurs, Et l'essaim des enfants aux robes incarnates, Les lévites, épars à terre sur les nattes; Maintenant tout est clos. C'est loin de tous les yeux Que le Prince s'assied, spectre mystérieux, Ayant le Père à droite, ayant le Sage à gauche; C'est dans l'obscurité qu'on laboure et qu'on fauche; Rome pouvant entendre, on cache les débats; Le sanhédrin se mure et la loi parle bas.
Donc depuis Gabinus, ce sénat de prière Qui s'assemble au lieu dit le Conclave de Pierre, Ce sanhédrin qui fait une haie à la loi, Qui seul sait le comment et seul dit le pourquoi, Pour punir le blasphème a commis dix-neuf juges. Ces dix-neuf, devant qui l'impie est sans refuges, Comme Dieu sur l'Horeb sont sur le Gabbatha.
La salle est large et haute. Oliab la sculpta. La nuit ne sort jamais de ce lieu sans fenêtres. Une lampe suffit au front blême des prêtres. Dix-neuf chaises de cèdre, au fond du cintre obscur, Mêlent leur double étage aux ténèbres du mur; On sent que là, vertu, crime, innocence et vice, Tremblent devant cette ombre humaine, la justice.
La poussière des ans, près du plafond, ternit Un chérubin ouvrant six ailes de granit.
Les taffilins, nommés par les grecs phylactères, Couvrent la voûte; à l'or de leurs saints caractères, Textes brumeux épars sur des plaques de fer, La lampe par instant arrache un vague éclair.
Les juges, les voici: huit scribes, tête nue; Quatre docteurs qu'emplit la science inconnue, Ceints du taled, l'esprit hors du monde réel; Et, mêlés aux docteurs, sept anciens d'Israël, Vêtus de blanc, pensifs sous leurs turbans à mitres.
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