|
Victor Hugo - La fin de Satan
Alors on acheva de lier Jésus-Christ; Et le chef dit: - Il faut l'emmener. Ce qu'ils firent. Et tous ceux que cet homme avait aimés, s'enfuirent.
X. LILITH-ISIS
Ô Jean, visionnaire effaré de Pathmos, Comme tu te cachais derrière les rameaux, Avec saint Marc, alors jeune et l'un des lévites, En vous penchant parmi les arbres noirs, vous vîtes Sur la colline un être effrayant, vague, seul, Debout dans le frisson livide d'un linceul; C'était de l'ombre ayant la forme d'une femme; Cet être guettait Christ dans cette troupe infâme, Comme s'il était là pour une mission; Or la bande aperçut, en rentrant dans Sion, Cette femme fixant sur eux dans les ténèbres Ses deux yeux qui semblaient deux étoiles funèbres; Un d'eux, que le Toldos appelle Eddon-Azir, Courut vers elle, et comme il allait la saisir, L'être, pareil aux feux fuyant dans l'ossuaire, Disparut, lui laissant dans les mains le suaire.
Et plus tard, les soldats, contant après l'arrêt Comment ils avaient pris Jésus de Nazareth, Dirent qu'ils avaient vu sur la montagne sombre La fille de Satan, la grande femme d'ombre, Cette Lilith qu'on nomme Isis au bord du Nil.
XI. JÉSUS CHEZ ANNE
Jésus lié marchait disant: Ainsi soit-il!
On le mena d'abord chez Anne, ancien grand-prêtre, Pour qu'il attendit là l'heure de comparaître, Des servantes, des gueux, des vendeurs de poissons, Des sacrificateurs vêtus de caleçons, Le flot des curieux qui passe et qui repasse, Entouraient Christ assis dans une salle basse; Il était nuit; mais Anne, étant levé déjà, Descendit, vint trouver Christ, et l'interrogea. Et Christ lui répondit: - Interrogez la foule. J'ai versé mon esprit comme une eau qui s'écoule. Prêtre, j'ai deux témoins: l'homme et le firmament. Parlez-leur. J'enseignais partout publiquement.
|