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Victor Hugo - La fin de Satan
Lui parle, et s'épouvante, et tord ses bras meurtris.
- Mère, ouvre-moi. Je viens. Il s'agit de sa vie. Me voici. J'ai couru de peur d'être suivie. On creuse l'ombre autour de ton fils. Je te dis Que je sens fourmiller les serpents enhardis. J'ai connu les démons, du temps que j'étais belle; Je sais ce que l'enfer met dans une prunelle; Je viens de voir passer Judas; cela suffit. C'est un calculateur de fraude et de profit; C'est un monstre. Ouvre-moi, que j'entre chez le maître. Le temps presse. Il sera trop tard demain peut-être. Il faut que ce soir même il fuie, et que jamais Il ne revienne! ô mère! et, si tu le permets, Je vais l'emmener, moi! Ces prêtres sont infâmes! Manquer sa mission, ne point sauver les âmes, Que nous importe, à nous les femmes qui l'aimons! Il sera mieux avec les tigres dans les monts Que dans Jérusalem avec les prêtres. Mère, Qu'il renonce au salut des hommes, sa chimère, Qu'il fuie! Oh! n'est-ce pas? nous baisons ses talons, Et qu'il vive, voilà tout ce que nous voulons. Ces juifs l'égorgeront! Demande à ma soeur Marthe Si c'est vrai, s'il n'est pas nécessaire qu'il parte. Laisse-moi l'arracher à son affreux devoir! Oh! te figures-tu cela, mère? le voir Saisi, lié, tué peut-être à coups de pierre! O Dieu! le voir saigner, lui, ce corps de lumière! Ouvre-moi. Je sais bien qu'il est dans ta maison Puisque je vois sa lampe à travers la cloison. O mère, laisse-moi l'implorer pour que vite Il s'en aille et s'échappe et qu'il prenne la fuite! A quoi songes-tu donc que tu ne réponds rien? Si tu veux, à nous deux, nous le sauverons bien! Veux-tu te joindre à moi pour arracher notre ange Au gouffre monstrueux de ce devoir étrange, Aux bourreaux, à Judas, son hideux compagnon?
La mère en sanglotant lui fait signe que non.
VI. APRES LA PAQUE
On était aux grands jours où le temple flamboie, Où les petits enfants s'éveillent pleins de joie; La Pâque était venue. On avait dans les fours Cuit le pain sans levain qu'on vend aux carrefours.
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