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Victor Hugo - La fin de Satan
« C'est un roi; plus qu'un roi. C'est lui le Conquérant, « C'est lui l'élu, c'est lui le vrai, c'est lui le grand! « Gloire à lui! Le soleil le voit, l'ombre l'écoute. »
Alors on aperçut, au détour de la route, Un homme qui venait monté sur un ânon.
Cet homme, dont chacun se redisait le nom, Etait le même à qui naguère un prêtre blême Avait jeté du haut du temple l'anathème. Il avait les cheveux partagés sur le front; Des femmes qui riaient et qui dansaient en rond, Le suivaient, et de fleurs elles étaient couvertes, Et des petits enfants portaient des branches vertes; Et de partout, des champs, des toits, des bois obscurs, Et de Jérusalem dont on voyait les murs, Sortait la foule, gaie, heureuse, pêle-mêle; Des mères lui montraient leur fils à la mamelle, Et les vieillards criaient: Hosanna! Quelques-uns Soufflaient sur des réchauds où brûlaient des parfums; Il s'avançait avec le calme du mystère; Et ces hommes louaient cet homme, et sur la terre Etendaient leurs habits pour qu'il passât dessus; Quelques lambeaux de pourpre à la hâte cousus Faisaient une bannière en avant du cortège; Et tous disaient: - Que Dieu le Père le protège! Voilà celui qui vient pour nous rendre meilleurs! - Lui, pensif, regarda Jérusalem, les fleurs, Le soleil au plus haut des cieux comme une fête, Ces tapis sous ses pieds, ces rameaux sur sa tête, Et les femmes chanter, et le peuple accourir, Et sourit, en disant: Je vais bientôt mourir.
IV. LE DEVOIR
Marie était assise entre Thomas et Jude; Et le maître debout disait: - La solitude Est un rayon d'en haut qu'on met dans son esprit; Mais le sauveur va droit au peuple et s'y meurtrit; Dieu livre le Messie aux multitudes viles; La palme ne croit pas aux déserts, mais aux villes; Malheur à qui se cache et malheur à qui fuit! Laissons mûrir sur nous la mort ainsi qu'un fruit; Et ne la troublons pas dans sa lente croissance; Dieu, quand il juge un homme en sa toute-puissance, Voit ce qu'il a vécu moins que ce qu'il a fait;
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