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Victor Hugo - La fin de Satan
Tout à coup, au moment où les femmes en choeur Jetaient aux forêts l'hymne enflammé de leur coeur Que marquait la cadence agreste des faucilles, Quelqu'un dit: - Ecoutez! paix! - Et les jeunes filles S'arrêtèrent, le doigt sur la bouche, entendant Derrière le coteau brûlé du jour ardent, D'autres voix qui chantaient, douces comme des âmes:
- « Le bien-aimé, celui que vous attendez, femmes, « C'est celui-ci qui passe et que nous amenons. « Le triomphe nous a choisis pour compagnons, « La lumière permet que nous marchions près d'elle, « Et nous menons le maître à son peuple fidèle, « Voici le bien-aimé des âmes! et celui « Sur qui la grande étoile éblouissante a lui! « Toutes les majestés forment son diadème; « Il pourrait foudroyer, il préfère qu'on l'aime; « Il console Rachel, il relève Sara; « Il marche entre la joie et la gloire; il sera « Comme un bouquet de myrrhe entre deux seins célestes; « Son sceptre anéantit dans les rayons les restes « Du vieux monde terrible où se tord le serpent; « Son nom divin est comme une huile qu'on répand; « Au-dessus de sa tête, étonnement des anges, « Le ciel est un murmure immense de louanges; « Il est plus glorieux qu'Alexandre, et plus beau « Que Salomon qui tient un lys dans son tombeau; « Il a pour champ la terre, et l'esprit pour domaine; « Il vient ôter la nuit de dessus l'âme humaine; « Il fera reculer l'Hydre qui triomphait, « Il transfigurera le monde stupéfait; « L'abîme le regarde et l'aurore l'approuve; « Le grondement du tigre et le cri de la louve, « La haine, la fureur soulevant un pavé, « La guerre, se tairont devant son doigt levé. « Dans son immensité Moloch s'écroule et sombre. « Il est sans tache, il est sans borne, il est sans nombre; « Il produit, en fixant au ciel son oeil béni, « La disparition du mal dans l'infini. « Les chars de Pharaon près de lui sont de l'ombre. « Il est plus radieux que Nemrod n'était sombre; « Il brille plus qu'Ammon à qui rien ne manquait, « Et dont le trône était le centre d'un banquet; « Il dépasse Cyrus, debout sur son pilastre. « Peuple, toute son âme est une clarté d'astre.
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