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Victor Hugo - La fin de Satan

Près d'un champ maigre, où croît plus de ronce que d'orge,
Dans son hangar croulant qu'empourpre un feu de forge,

Psyphax le guèbre est seul; sans veste, sans bonnet,

Bras nus, la scie aux poings, il travaille; et l'on est

A la fin du mois Jar, le second de l'année.

Dans cette plaine vaste, obscure, abandonnée,
Deux hommes vers le soir, marchant dans les fossés,

Se rencontrent, venant de deux points opposés.

Ils se parlent très bas avec un air de honte.

- Voici l'argent.

- Combien?

- Trente.

- Comptons.

On compte;
Dans l'ombre; en étouffant, comme en flagrant délit,

Le bruit d'un sac d'argent qu'on vide et qu'on remplit.

- Marché fait.

- Viendra-t-il pour la fête?

- Peut-être.

- Mais au milieu des siens comment le reconnaître?

- Celui qu'on me verra baiser, ce sera lui.

- C'est dit.

Et souriant, mais non sans quelque ennui,
L'homme qui prend l'argent fait un salut servile,

Met le sac sous sa robe et rentre dans la ville.

Et l'autre attend qu'il ait disparu, puis, sans bruit,
Regardant si de loin personne ne le suit,

Il s'enfonce à pas sourds dans la plaine funèbre,

Et l'on dirait qu'il va vers la maison du guèbre.

Psyphax travaille. Il ouvre au milieu des outils
Un vieux livre, et ses yeux y semblent engloutis,

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