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Victor Hugo - La fin de Satan

Il sentait s'écrouler ses forces dans le gouffre.
L'hiver murmurait: tremble! et l'ombre disait: souffre!

Enfin il aperçut au loin un noir sommet

Que dans l'ombre un reflet formidable enflammait.

Satan, comme un nageur fait un effort suprême,

Tendit son aile onglée et chauve, et, spectre blême,

Haletant, brisé, las, et, de sueur fumant,

Il s'abattit au bord de l'âpre escarpement.

VIII
Le soleil était là qui mourait dans l'abîme.

L'astre, au fond du brouillard, sans vent qui le ranime
Se refroidissait, morne et lentement détruit.

On voyait sa rondeur sinistre dans la nuit;

Et l'on voyait décroître, en ce silence sombre,

Ses ulcères de feu sous une lèpre d'ombre.

Charbon d'un monde éteint! flambeau soufflé par Dieu!

Ses crevasses montraient encore un peu de feu

Comme si par les trous du crâne on voyait l'âme.

Au centre palpitait et rampait une flamme

Qui par instants léchait les bords extérieurs,

Et de chaque cratère, il sortait des lueurs

Qui frissonnaient ainsi que de flamboyants glaives,

Et s'évanouissaient sans bruit comme des rêves.

L'astre était presque noir. L'archange était si las

Qu'il n'avait plus de voix et plus de souffle, hélas!

Et l'astre agonisait sous ses regards farouches.

Il mourait, il luttait. Avec ses sombres bouches

Dans l'obscurité froide il lançait par moments

Des flots ardents, des blocs rougis, des monts fumants,

Des rocs tout écumants de sa clarté première:

Comme si ce volcan de vie et de lumière,

Englouti par la brume où tout s'évanouit,

N'eût point voulu mourir sans insulter la nuit

Et sans cracher sa lave à la face de l'ombre.

Autour de lui le temps et l'espace et le nombre

Et la forme et le bruit expiraient, en créant

L'unité formidable et noire du néant.

Le spectre Rien levait sa tête hors du gouffre.

Soudain, du coeur de l'astre, un âpre jet de soufre,

Pareil à la clameur du mourant éperdu,

Sortit, clair, éclatant, splendide, inattendu,

Et, découpant au loin mille formes funèbres,

Enorme, illumina, jusqu'au fond des ténèbres,

Les porches monstrueux de l'infini profond.

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