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Victor Hugo - La fin de Satan
Ils adorent un point du ciel nommé Kébla; A toute heure de l'ombre et de l'aube, ils sont là S'offrant, les hommes nus et les femmes sans voiles, Au dieu soleil époux des déesses étoiles; Ils maudissent la fève et l'ail, craignent le sel Et l'ambre, et font lever le pain avec du miel. Ils vont jusqu'en Egypte, affrontant les numides, Pieds nus, sacrifier des coqs aux pyramides, Ces trois tombeaux de Seth, d'Enos et de Sabi; L'arabe en pâlissant leur ferme son gourbi; Ils font un philtre avec des herbes qu'ils écrasent; Ils respectent le boeuf et la brebis, se rasent, Et n'osent pas nommer l'astre à qui leurs élus Font, de l'aurore au soir, soixante-trois saluts; Ils ont pour ville Haran en Mésopotamie; Leur tabernacle, autel de trouble et d'infamie, Au lieu de l'occident regarde le levant; Ils adressent, hagards, des questions au vent, Comptent l'onde, et parmi leurs prophètes on nomme Loth, roi des Philistins, et Numa, roi de Rome; Dans le mois du Bélier leur tribu danse en rond; Ils vénèrent Péor, le faune obscène; ils ont Sept temples dédiés par Cham aux sept planètes; Ils sont jongleurs, charmeurs de tigres, proxénètes, Baigneurs, marchands de sorts, plongeurs de tourbillons; Quand ils sèment, ils font deux parts de leurs sillons, Dont l'une est pour le dieu, l'autre pour les déesses; Leurs femmes ont parfois des serpents dans leurs tresses; Ils reprochent au char la plainte de l'essieu; Ils regardent, pensifs, les ratures que Dieu A faites sur le tigre ainsi que sur le zèbre; C'est parce que tous deux ont ce signe funèbre Et cette ombre des mots inconnus sur le dos Que l'un porte la haine et l'autre les fardeaux; Presque à l'égal du temple ils révèrent l'étable; Leur sommeil est étrange, agité, redoutable; Le sage est dur pour eux, même dans sa bonté, Car leur religion donne à l'humanité Une difformité misérable et terrible; Ils ont un livre écrit par Satan, chose horrible; Un autre par Adam, un autre par Enos; Tous savent lire et sont des songeurs infernaux; Ce sont, sous l'azur sombre où les nuages glissent, Des hommes stupéfaits et fauves qu'éblouissent Les immenses couchers du soleil dans les monts, Et qui mangent du sang ainsi que les démons.
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