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Victor Hugo - La fin de Satan
Où les laveuses font sécher leur linge au vent, Flottent à des piquets plantés dans les décombres. Les petits enfant nus de ces masures sombres Où la famine habite et d'où la peste sort, Vivent de ramasser dans l'herbe du bois mort Qu'ils vont vendre en fagots sur les marches du temple. Le prophète qui fait des gestes et contemple, Quelque centurion par l'orgie attardé, Des joueurs agitant la bassette ou le dé, Hantent seuls ce lieu triste et cette lande aride. Au-delà des terrains que l'ardent soleil ride, Et que couvre un gazon brûlé, lépreux et court, On voit les toits confus des maisons du faubourg Où les femmes le soir médisent sur leurs portes.
Les mendiants hideux pareils à des cloportes Rôdent aux alentours, tendant leurs pâles mains. Au lieu de l'essaim d'or errant dans les jasmins, L'oiseau de proie, affreux, vole aux carcasses mortes. Près des maisons, les gueux, les nains aux jambes tortes, Les goitreux, les boiteux, fourmillent en tous sens; Et la difformité honteuse des passants, Et ce faubourg infirme et malade, et ces bouges, Importunent au loin l'aigle aux paupières rouges, Et les vastes vautours africains dont le bec Semble plein des rayons du désert de Balbeck.
Au fond de l'horizon est le Golgotha fauve; Mont sans arbre, sans herbe et sans fleurs; sommet chauve Et propre à la croissance horrible des gibets; Ceux qui cherchent le sens des anciens alphabets Et qui font du Talmud leur sévère lecture, Tremblent devant ce mont, sachant son aventure; Le vaste Adam est là, sous la terre dormant; Si bien que le Calvaire est le noir renflement De ce grand corps gisant sous la morne campagne, Et qu'un air de cadavre en reste à la montagne.
Le toit de Psyphax, bas et marqué d'un poteau, Fait une ampoule au centre isolé du plateau. Le peuple craint les toits mystérieux des guèbres. Ces fous de la lumière ont l'oeil plein de ténèbres; On les voue aux métiers immondes: ils les font. Ils mêlent leur chimère au céleste plafond; Ils contemplent la nuit, d'astres profonds semée, Et l'appellent Saba, ce qui veut dire armée;
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