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Victor Hugo - La fin de Satan

« Vous vous appelez Brume et Nuit! Disparaissez,
« Mourez. Parler est trop, bégayer est assez.

« Es-tu sage? tais-toi. Le silence est l'hommage.

« Quoi! tu veux pénétrer l'impénétrable, ô mage!

« Tu viens escalader avec effraction

« Le problème, le jour, la nuit, la vision,

« L'infini! Tu commets un attentat nocturne

« Sur la virginité du tombeau taciturne!

« Tu lèves ce couvercle, ô mage audacieux!

« Que fais-tu là, rôdeur des barrières des cieux?

« Tu viens, furtif, armé de ta vanité sombre,

« Forcer l'éternité! tu viens crocheter l'ombre,

« Fourrer ta fausse clé dans la porte de feu,

« Et faire une pesée, avec l'orgueil, sous Dieu!

« Va-t'en de la lumière, et va-t'en des ténèbres!

« Dehors! Va-t'en avec ta strophe et tes algèbres,

« Poète, géomètre, astronome, voleur!

« Ne cherchez pas; rampez. Tremblez, c'est le meilleur.
« Espace, point d'Icare; astres, pas de lunettes.

« O vivants, vous serez dans le vrai, si vous n'êtes

« Que ce que les vivants d'avant vous ont été.

« Ne voyez que la grande et calme éternité.

« Le bas est immobile et le haut immuable.

« En bas est l'ancre; en haut l'obscur anneau du câble.

« Est-ce que la nature essaie autour de vous

« De changer d'attitude, ô mortels vains et fous?

« Qu'est-ce que le tombeau? Le puits des nuits funèbres;

« Il a la plénitude auguste des ténèbres;

« Il ne demande rien, il ne fait pas de bruit;

« Le sépulcre est le vase où Dieu garde la nuit,

« L'astre est le vase où Dieu conserve la lumière;

« Tous deux sont à jamais ce que la loi première

« Les créa; l'un est l'ombre et l'autre est le rayon;

« Pourquoi l'homme veut-il changer sa fonction?

« Il est souffle; qu'il passe. A quoi bon la pensée?

« A quoi bon tant de force obscure dépensée?

« A quoi Zoroastre ou Moïse? A quoi sert

« Ce Jean, vêtu de peaux, parlant dans le désert?

« A quoi bon vos Talmuds? N'est-ce pas une honte

« De voir s'entreheurter Tyr contre Sélinonte,

« Delphes contre Eleusis, Thèbes contre Sion,

« Dans l'immobilité de la création?

« C'est l'ennui du voyant d'entendre les querelles

« Des superstitions se dévorant entre elles,

« Tous ces mages, luttant, affirmant ou niant,

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