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Victor Hugo - La fin de Satan
« Où les hideuses croix, par le meurtre noircies, « Se dressent, attendant les pâles rédempteurs; « Et vous êtes, hélas, trahis par les hauteurs. « Caïn sur cette terre, où le juste est victime, « Traître, a laissé de quoi recommencer son crime; « L'homme abrège, ô penseurs, vos ans déjà si courts! « Pour vous assassiner, justes, l'homme a toujours « Entre les mains assez du premier fratricide; « Plus tard, le genre humain, redevenu lucide, « Vient glorifier ceux que sa rage courbait... « L'un a bu le poison, l'autre pend au gibet!
« Pensez-vous quelquefois à ce que fait l'archange, « L'Etre d'en bas? Il est le Méchant. Il s'en venge? « Il prend l'âme, la vie et le jour à revers; « Et de sa chute il fait celle de l'univers. « L'enfer est tout entier dans ce mot: Solitude. « Avec tous les remords qui sont l'inquiétude « Et le deuil de la terre, et dont il est l'aïeul, « Dans l'effrayant cachot des nuits, Satan est seul. « Le rocher qui le mure est fait avec du crime; « Les autres condamnés sont dans un autre abîme; « Il peut les torturer, mais il ne peut les voir. « Seul, toujours seul, il est aveugle dans le noir. « En lui, hors de lui, l'ombre. Il regarde, il se hausse, « Il cherche; il n'a pas même une hydre dans sa fosse; « Une hydre, ce serait quelqu'un. L'ange damné « Vole et rôde, et, hagard, voudrait n'être pas né. « Si les bêtes voyaient son cloaque, cet antre « Ferait ramper les loups frémissants à plat ventre, « Trembler le tigre, et fuir les hiboux aux yeux ronds. « A chaque mouvement de ses lourds ailerons, « Pendant qu'il plane, il sort du monstre des fumées; « Elles montent sur terre, et ce sont des armées; « Elles montent sur terre, et, dans nos régions, « Ce sont des lois, des moeurs et des religions; « Elles montent sur terre et prennent des figures « De rois, de conquérants, de pontifes, d'augures; « Et l'on entend le cri des hommes sous le pied « D'un Satan Dieu qui règne et dans la nuit s'assied, « Fantôme ressemblant au spectre des ténèbres; « Et, triomphants, sacrés, grands, illustres, célèbres, « Des vampires, la mitre ou le laurier au front, « Elevant jusqu'au ciel une gloire d'affront, « Disent: Je suis le Dogme, et je me nomme Empire. « Et cent fléaux, fatals, noirs, dont l'homme est le pire,
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