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Victor Hugo - La fin de Satan
Ses mains sur ses seins nus se crispent décharnées; Son oeil lugubre songe, ivre d'obscurité; Ce spectre balbutie avec autorité; On dirait qu'elle fait la lecture éperdue D'un mystérieux livre ouvert dans l'étendue; Parfois elle s'arrête en disant: Je ne puis.
En ce moment, au fond de sa grotte, affreux puits Plein de l'effarement des visions occultes, Ce sont les fondateurs de dogmes et de cultes Et de religions que son regard poursuit. Il semble qu'elle parle, à travers l'âpre nuit, A ceux qui cherchent Dieu pour le montrer aux hommes. ................................................. .................................................
« - ... Le livre d'en haut dit: - Qui que tu sois, qui sommes « L'Etre de s'expliquer et le sphynx d'être clair, « Qui que tu sois qui veux saisir l'eau, tenir l'air, « Donner à la nuée une forme, et qui plonges, « Avec ta nasse, bonne à la pêche des songes, « Dans le sinistre abîme où flotte ce mot: Dieu; « Qui que tu sois, qui viens forcer l'ombre à l'aveu, « Tâter la certitude avec ta main peu sûre, « Au temple sidéral adosser ta masure, « Et désigner à l'Etre un texte, un nombre, un lieu; « Homme, qui que tu sois, qui viens faire du feu « Sous la foudre, allumer ta lampe sous l'étoile, « Et dire à l'univers sans fond: Lève-toi, voile! « Qui que tu sois qui prends l'impossible aux cheveux, « Qui prononces ces mots inutiles: « - Je veux, « Je sais, je suis, je crois, je sauve, je ranime; - » « Qui que tu sois qui dis à l'Etre: « - Allons, abîme, « Réponds, puisque c'est moi qui t'ai questionné. - » « Sache que ta folie est sombre, infortuné!
« L'erreur sort du nuage et sans fin se dévide. « Un rite, c'est un geste au hasard dans le vide; « Avortement du chiffre et du mot! labeur vain « De la voix pour nommer le prodige divin! « Trimourti! Trinité! Triade! Triple Hécate! « Brahmâ, c'est Abraham; dans Adonis éclate « Adonaï; Jovis jaillit de Jéhovah; « Toujours au même mot l'impuissance arriva; « Toujours le sombre effort des religions tombe « Dans le même fantôme et dans la même tombe.
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