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Victor Hugo - La fin de Satan
VI Comme entre deux créneaux se penche sur le mur L'archer qu'en son donjon le crépuscule gagne, Farouche, il se pencha du haut de la montagne, Et sur l'astre, espérant le faire étinceler, Comme sur une braise il se mit à souffler, Et l'angoisse gonfla sa féroce narine. Le souffle qui sortit alors de sa poitrine Est aujourd'hui sur terre et s'appelle ouragan. A ce souffle, un grand bruit troubla l'ombre, océan Qu'aucun être n'habite et qu'aucuns feux n'éclairent, Les monts qui se trouvaient près de là s'envolèrent, Le chaos monstrueux plein d'effroi se leva Et se mit à hurler: Jéhova! Jéhova! L'infini s'entr'ouvrit, fendu comme une toile, Mais rien ne remua dans la lugubre étoile; Et le damné criant: - Ne t'éteins pas! j'irai! J'arriverai! - reprit son vol désespéré.
Et les volcans mêlés aux nuits qui leur ressemblent Se renversaient ainsi que des bêtes qui tremblent, Et les noirs tourbillons et les gouffres hideux Se courbaient éperdus pendant qu'au-dessus d'eux, Volant vers l'astre ainsi qu'une flèche à la cible, Passait, fauve et hagard, ce suppliant terrible.
Et depuis qu'il a vu ce passage effrayant, L'âpre abîme, effaré comme un homme fuyant, Garde à jamais un air d'horreur et de démence, Tant ce fut monstrueux de voir, dans l'ombre immense, Voler, ouvrant son aile affreuse loin du ciel, Cette chauve-souris du cachot éternel!
VII Il vola dix mille ans. Pendant dix mille années, Tendant son cou farouche et ses mains forcenées, Il vola sans trouver un mont où se poser. L'astre parfois semblait s'éteindre et s'éclipser, Et l'horreur du tombeau faisait frissonner l'ange; Puis une clarté pâle, obscure, vague, étrange, Reparaissait, et l'ange alors disait: Allons. Autour de lui planaient les oiseaux aquilons. Il volait. L'infini sans cesse recommence. Son vol dans cette mer faisait un effet immense. La nuit regardait fuir ses horribles talons. Comme un nuage sent tomber ses tourbillons,
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