bibliotheq.net - littérature française
 

Victor Hugo - La fin de Satan

Il osait, pour guérir, violer les sabbats,
Rendait la vie aux nerfs d'une main desséchée;

Et cet homme égalait David et Mardochée.

Un jour ce redresseur, que le peuple louait,

Vit des vendeurs au seuil du temple, et prit un fouet;

Pareils aux rats hideux que les aigles déterrent,

Tous ces marchands, essaims immondes, redoutèrent

Son visage empourpré des célestes rougeurs;

Sévère, il renversa les tables des changeurs

Et l'escabeau de ceux qui vendaient des colombes.

Son geste surhumain ouvrait les catacombes.

L'arbre qu'il regardait changeait ses fleurs en fruits.

Un jour que quelques juifs profonds et très instruits

Lui disaient: « - Dans le ciel que le pied divin foule,

Quel sera le plus grand? » cet homme dans la foule

Prit un petit enfant qu'il mit au milieu d'eux.

Calme, il forçait l'essaim invisible et hideux

Des noirs esprits du mal, rois des ténébreux mondes,

A se précipiter dans les bêtes immondes.

Et ce mage était grand plus qu'Isaïe, et plus

Que tous ces noirs vieillards épars dans les reflux

De la vertigineuse et sombre prophétie;

Et l'homme du désert, Jean, près de ce Messie,

N'était rien qu'un roseau secoué par le vent.

Il n'était pas docteur, mais il était savant;

Il conversait avec les faces inconnues

Qu'un homme endormi voit en rêve dans les nues;

Des lumières venaient lui parler sur les monts;

Il lavait les péchés ainsi que des limons,

Et délivrait l'esprit de la fange charnelle;

Satan fuyait devant l'éclair de sa prunelle;

Ses miracles étaient l'expulsion du mal;

Il calmait l'ouragan, haranguait l'animal,

Et parfois on voyait naître à ses pieds des roses;

Et sa mère en son coeur gardait toutes ces choses.

Des morts blêmes, depuis quatre jours inhumés,

Se dressaient à sa voix; et pour les affamés,

Les pains multipliés sortaient de ses mains pures.

Voilà ce que contait la foule; et les murmures,
Les cris du peuple enfant qui réclame un appui,

Environnaient cet homme; on l'adorait; et lui

Etait doux.

Tous les mots qui tombaient de sa bouche
Etaient comme une main céleste qui vous touche.

< page précédente | 41 | page suivante >

 
La plupart des textes et des images de ce site font partie du domaine public. Les droits d'auteur pour la présentation des matériaux
et le design du site appartiennent à bibliotheq.net. Toute suggestion et correction est la bienvenue.