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Victor Hugo - La fin de Satan

Hors de la conscience et hors de l'harmonie,
Frissonnait, près du puits de la chute infinie,

Entre l'abîme plein de noirceur et les cieux.

Tout à coup un rayon de l'oeil prodigieux
Qui fit le monde avec du jour, tomba sur elle.

Sous ce rayon, lueur douce et surnaturelle,

La plume tressaillit, brilla, vibra, grandit,

Prit une forme et fut vivante, et l'on eût dit

Un éblouissement qui devient une femme.

Avec le glissement mystérieux d'une âme,

Elle se souleva debout, et, se dressant,

Eclaira l'infini d'un sourire innocent.

Et les anges tremblants d'amour la regardèrent.

Les chérubins jumeaux qui l'un à l'autre adhèrent,

Les groupes constellés du matin et du soir,

Les Vertus, les Esprits, se penchèrent pour voir

Cette soeur de l'enfer et du paradis naître.

Jamais le ciel sacré n'avait contemplé d'être

Plus sublime au milieu des souffles et des voix.

En la voyant si fière et si pure à la fois,

La pensée hésitait entre l'aigle et la vierge;

Sa face, défiant le gouffre qui submerge,

Mêlant l'embrasement et le rayonnement,

Flamboyait, et c'était , sous un sourcil charmant,

Le regard de la foudre avec l'oeil de l'aurore.

L'archange du soleil, qu'un feu céleste dore,
Dit: - De quel nom faut-il nommer cet ange, ô Dieu?

Alors, dans l'absolu que l'Etre a pour milieu,
On entendit sortir des profondeurs du Verbe

Ce mot qui, sur le front du jeune ange superbe

Encor vague et flottant dans la vaste clarté,

Fit tout à coup éclore un astre: - Liberté.

LIVRE DEUXIEME
LE GIBET

I LA JUDEE

I
LA TERRE SOUS LE TROISIEME CESAR

En ce temps-là, le monde était dans la terreur;

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