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Victor Hugo - La fin de Satan
Il ne regarda rien en bas; il contempla, Pensif, les bras croisés, le ciel toujours le même; Puis, calme et sans qu'un pli tremblât sur son front blême, Il ajusta la flèche à son arc redouté. Les aigles frissonnants regardaient de côté. Nemrod éleva l'arc au dessus de sa tête, Le câble lâché fit le bruit d'une tempête, Et, comme un éclair meurt quand on ferme les yeux, L'effrayant javelot disparut dans les cieux.
Et la terre entendit un long coup de tonnerre.
VII Un mois après, la nuit, un pâtre centenaire Qui rêvait dans la plaine où Caïn prit Abel, Champ hideux d'où l'on voit le front noir de Babel, Vit tout à coup tomber des cieux, dans l'ombre étrange, Quelqu'un de monstrueux qu'il prit pour un archange; C'était Nemrod.
VIII Couché sur le dos, mort, puni, Le noir chasseur tournait encor vers l'infini Sa tête aux yeux profonds que rien n'avait courbée. Auprès de lui gisait sa flèche retombée. La pointe, qui s'était enfoncée au ciel bleu, Etait teinte de sang. Avait-il blessé Dieu?
STROPHE SIXIEME LES MAGES ATTENTIFS
Et Nemrod disparu n'emporta pas la Guerre. Elle resta, parlant plus haut que le tonnerre; Son regard au sillon faisait rentrer l'épi; Et ce spectre, mille ans, sur le monde accroupi, Lugubre, et comme un chien mâche un os, rongeant l'homme, Couva l'oeuf monstrueux d'où sortit l'aigle Rome. Et pendant ce temps-là, comme parfois aux yeux Une vapeur trahit un feu mystérieux, Il sortait par endroits de la terre où nous sommes D'affreux brouillards vivants qui devenaient des hommes, Puis des dieux, qu'on nommait Teutatès, Mars, Baal, Et qui semblaient avoir en eux l'âme du mal. L'horreur, le sang, le deuil couvraient la race humaine; Et les mages, que Dieu dans le désert amène, Collaient l'oreille au sable, et, de terreur ployés,
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