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Victor Hugo - La fin de Satan
Et tout le premier jour se passa de la sorte; Et les aigles montaient. Or Nemrod, sans le voir, Sentit, au souffle obscur qui se répand le soir, Que la nuit folle allait couvrir sa pâle crypte; Les mains sur les genoux comme l'Hermès d'Egypte, Il dit au noir: - Hibou que ma droite soutient, Vois comment comme est la terre et ce qu'elle devient. - L'eunuque ouvrit la trappe en bas, et dit: - La terre, Tachée et jaune ainsi qu'une peau de panthère, Emplit l'immensité; dans l'espace changeant Les fleuves sont épars comme des fils d'argent; Notre ombre noire court sur les collines vertes; De vos ennemis morts les plaines sont couvertes Comme d'épis fauchés au temps de la moisson;; Les villes sont en flamme autour de l'horizon; O Roi, vous êtes grand. Malheur à qui vous brave! - Approchons-nous du ciel, dit Nemrod? - et l'esclave Ouvrit la trappe haute et dit: - Le ciel est bleu.
II Et les aigles montaient.
L'espace sans milieu Ne leur résistait pas et cédait à leurs ailes; L'ombre, où les soleils sont comme des étincelles, Laissait passer ce char plein d'un sombre projet. Lorsque l'eunuque avait faim ou soif, il mangeait; Et Nemrod regardait, muet, cette chair noire Prendre un pain et manger, percer une outre et boire; Le chasseur infernal qui se croyait divin Songeait, et, dédaignant le maïs et le vin, Il buvait et mangeait, cet homme de désastres, L'orgueil d'être traîné par les aigles aux astres. Sans dire un mot, sans faire un geste, il attendit, Rêveur une semaine entière, puis il dit: - Vois comment est la terre. - Et l'eunuque difforme Dit: - La terre apparaît comme une sphère énorme Et pâle, et les vapeurs, à travers leurs réseaux, Laissent voir par moments les plaines et les eaux. - Nemrod dit: - Et le ciel? - Zaïm reprit: - Roi sombre, Le ciel est bleu. -
III Le vent soufflait en bas dans l'ombre. Et les aigles montaient.
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