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Victor Hugo - La fin de Satan

De voir se hérisser le poitrail des quatre aigles.

Plus sans frein, sans repos, sans relâche et sans règles,
Les aigles s'élançaient vers les lambeaux hideux,

Plus le but reculant montait au-dessus d'eux,

Et, criant comme un boeuf qui réclame l'étable,

Les grands oiseaux, traînant la cage redoutable,

Le poursuivaient toujours sans l'atteindre jamais.

Et pendant qu'ils montaient, gouffres noirs, clairs sommets,

Tout s'effarait; l'étrusque, et l'osque, et le pélasge

Disaient: - Qu'est-ce que c'est que ce sombre attelage?

Est-ce le char où sont les orages grondants?

Est-ce un tombeau qui monte avec l'âme dedans? -

Pharan, Nachor, Sephar, solitudes maudites,

Les colosses gardiens des cryptes troglodytes,

Les faucons de la mer, les mouettes, les plongeons,

L'homme du bord des eaux dans sa hutte de joncs,

Chalanné, devant qui Thèbes semblait petite,

Gomorrhe, fiancée au noir lac asphaltite,

Sardes, Ninive, Tyr, maintenant sombre amas,

Hoba, ville qu'on voit à gauche de Damas,

Edom sous le figuier, Saba sous le lentisque,

Avaient peur; Ur tremblait; et les joueurs de disque

S'interrompaient, levant la tête et regardant;

Les chameaux, dont le cou dort sur le sable ardent,

Ouvraient l'oeil; le lézard se dressait sous le lierre,

Et la ruche disait: vois! à la fourmilière.

Le nuage hésitait et rentrait son éclair;

La cigogne lâchait la couleuvre dans l'air;

Et la machine ailée en l'azur solitaire

Fuyait, et pour la voir vint de dessous la terre

Un oiseau qu'aujourd'hui nous nommons le condor.

Et la mer d'Ionie, aux grandes îles d'or,

Ce gouffre bleu d'où sort l'odeur des violettes,

Frissonnait; dans les champs de meurtre, les squelettes

Se parlaient; le sépulcre au fronton nubien,

Le chêne qui salue et dit à Dieu: c'est bien!

Et l'antre où les lions songent près des prophètes,

Tremblaient de voir courir cette ombre sur leurs têtes

Et regardaient passer cet étrange astre noir.

Et Babel s'étonnait. Calme comme le soir

Nemrod rêvait au fond de la cage fermée.

Et les puissants oiseaux, la prunelle enflammée,

Montaient, montaient sans cesse, et volant, furieux,

Vers la chair, le faisaient envoler vers les cieux.

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