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Victor Hugo - La fin de Satan

Quand il rouvrit les yeux, trois soleils seulement
Brillaient, et l'ombre avait rongé le firmament.

Tous les autres soleils étaient morts.

III
Une roche

Sortait du noir brouillard comme un bras qui s'approche.

Il la prit, et ses pieds touchèrent des sommets.

Alors l'être effrayant qui s'appelle Jamais
Songea. Son front tomba dans ses mains criminelles.

Les trois soleils, de loin, ainsi que trois prunelles,

Le regardaient, et lui ne les regardait pas.

L'espace ressemblait aux plaines d'ici-bas,

Le soir, quand l'horizon qui tressaille et recule,

Noircit sous les yeux blancs du spectre crépuscule.

De longs rayons rampaient aux pieds du grand banni.

Derrière lui son ombre emplissait l'infini.

Les cimes du chaos se confondaient entre elles.

Tout à coup il se vit pousser d'horribles ailes;

Il se vit devenir monstre, et que l'ange en lui

Mourait, et le rebelle en sentit quelque ennui.

Il laissa son épaule, autrefois lumineuse,

Frémir au froid hideux de l'aile membraneuse,

Et croisant ses deux bras, et relevant son front,

Ce bandit, comme s'il grandissait sous l'affront,

Seul dans ces profondeurs que la ruine encombre,

Regarda fixement la caverne de l'ombre.

Les ténèbres sans bruit croissaient dans le néant.

L'opaque obscurité fermait le ciel béant;

Et, faisant, au-delà du dernier promontoire,

Une triple fêlure à cette vitre noire,

Les trois soleils mêlaient leurs trois rayonnements.

Après quelque combat dans les hauts firmaments,

D'un char de feu brisé l'on eût dit les trois roues.

Les monts hors du brouillard sortaient comme des proues.

Eh bien, cria Satan, soit! Je puis encor voir!

Il aura le ciel bleu, moi j'aurai le ciel noir.

Croit-il pas que j'irai sangloter à sa porte?

Je le hais. Trois soleils suffisent. Que m'importe!

Je hais le jour, l'azur, le rayon, le parfum! -

Soudain, il tressaillit; il n'en restait plus qu'un.

IV
L'abîme s'effaçait. Rien n'avait plus de forme.

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