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Victor Hugo - La fin de Satan

« La pensée habitât la prunelle parlante,
« Et qu'Adam, par la main tenant Eve, apparût,

« L'ébauche fourmillait dans la nature en rut,

« Le poulpe aux bras touffus, la torpille étoilée,

« D'immenses vers volants, dont l'aile était onglée,

« De hauts mammons velus, nés dans les noirs limons,

« Troublaient l'onde, ou levaient leurs trompes sur les monts.

« Sous l'enchevêtrement des forêts inondées

« Glissaient des mille-pieds, long de cinq cent coudées,

« Et de grands vibrions, des volvoces géants

« Se tordaient à travers les glauques océans.

« L'être était effrayant. La vie était difforme.

« Partout rampait l'impur, l'affreux, l'obscur, l'énorme.

« La vermine habitait le globe chevelu.

« Et l'homme était absent; Dieu n'ayant pas voulu

« Donner ce noir spectacle à voir à l'âme humaine.

« Satan, dans ce lugubre et féroce domaine,

« Passait, comme un chasseur qui souffle dans son cor;

« Mais, avant ce temps-là, c'était plus sombre encor.

« Tout l'univers n'était qu'une morne fumée.

« Ainsi que des oiseaux dans une main fermée,

« L'horreur tenait captifs le germe et l'élément.

« Un tout, qui n'était rien, vivait confusément.

« Des apparitions flottaient sur l'insondable.

« Au fond de cette brume étrange et formidable,

« Comme si, quoique rien ne fût encor puni,

« Le gouffre eût essayé d'engloutir l'infini,

« On voyait, aux lueur des visions funèbres,

« S'ouvrir et se fermer la gueule des ténèbres.

« Partout apparaissait, à l'oeil épouvanté,

« La face du néant, faite d'obscurité.

« A chaque instant, le fond redevenait la cîme;

« Et, comme une nuée au-dessus d'un abîme,

« Dans cette ombre où rampaient les larves des fléaux,

« Le monstre Nuit planait sur la bête Chaos.

« C'était ainsi quand Dieu se levant, dit à l'ombre:

« Je suis. Ce mot créa les étoiles sans nombre,

« Et Satan dit à Dieu: Tu ne seras pas seul. »

Nemrod pensif cria: - Satan est mon aïeul.

III
Il resta trente jours au fond des solitudes

Rêvant par les rocs aux sombres attitudes;

Quand il revint son oeil brillait comme un flambeau.

Son eunuque Zaïm, plus noir que le tombeau,

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