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Victor Hugo - La fin de Satan
« Les géants n'avaient plus de montagnes. Leur fuite « Commençait, et l'Europe était presque détruite. « Ils avaient entassé Pinde, Ossa, Pélion, « Rhodope, et ces monts noirs d'où fuyait le lion, « Nus, renversés, fumaient d'éclairs et de brûlures, « Et leurs torrents pendaient comme des chevelures. « Et les géant s couraient vers les mers où fut Tyr. « Ils voyaient les dieux vaincre, et Neptune engloutir « Oromédon sous Cos, Polybe sous Nisyre. « Thryx embrasé fondait comme un flambeau de cire. « Porphyrion, levant ses mains vides, criait « A la terre, rôdant au loin, spectre inquiet: « Mais apporte-nous donc une montagne, mère! « Crès, par la foudre étreint, lui jetait l'onde amère. « Andès, frère d'Astrée et père de Thallo, « S'en allait à grands pas au plus profond de l'eau, « Et jusqu'à la ceinture avait la mer Egée; « Zeus Jupiter vint, la main d'éclairs chargée, « Et lui cria: Sois pierre, ô monstre! Et le géant « Vit Zeus, devint roche et s'arrêta béant. « Et Titan dit: Merci! tu nous donnes des armes! « Et, pendant que tremblait la terre, aïeule en larmes, « Il courut, et, prenant Andès par le milieu, « Il jeta le géant à la tête du dieu.»
Et Nemrod rêveur dit: Titan est mon ancêtre.
Il revint vers les monts où l'on voit l'aube naître; Il rentra dans Assur que la splendeur revêt. Son glaive, d'où la guerre était sortie, avait Une tache inconnue, empreinte indélébile, Que Nemrod par moments contemplait immobile.
Un soir, dans un lieu sombre où marchait ce bandit, Une voix qui parlait dans un rocher, lui dit: - Passe, Dieu reste. - Et lui, cria: J'ai pour royaume Le monde; toi, qu'es-tu? - La voix reprit: - Fantôme, Je suis Melchisédech, je vivrai dans mille ans. - Nemrod dit: - Qu'as-tu vu depuis que dans ses flancs Ce roc t'enferme? - Et l'être enfoui sous la pierre Dit: « - Je suis âme, et l'âme est un oeil sans paupière.
« Le monde a commencé par être horrible. Avant « Que le front se dressât plein de l'esprit vivant, « Avant que, dominant l'animal et la plante,
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