|
Victor Hugo - La fin de Satan
Joncs frémissants qu'émeut le souffle, né du verbe, Boeuf qui mugis, lion qui vas, chevreau qui pais, Soyez dans la lumière et soyez dans la paix! Moi je dois me cacher, l'homme n'est pas mon hôte; J'ai la nuit. Pourquoi suis-je horrible? C'est ma faute. Pardonnez-moi! pardon, ô femme! pardon, fleur! Pardon, jour! - entrouvrant ses lèvres de douleur, Mon ulcère, ô vivants, tâche de vous sourire. Oui, vous avez bien fait, frères, de me proscrire Puisque je souffrais tant que je vous faisais peur. C'est de l'amour qui sort quand vous broyez mon coeur. Le lépreux y consent, vivez, homme et nature! Dans le ciel radieux je jette ma torture, Ma nuit, ma soif, ma fièvre et mes os chassieux, Et le pus de ma plaie et les pleurs de mes yeux, Je les sème au sillon des splendeurs infinies, Et sortez de mes maux, biens, vertus, harmonies! Répands-toi sur la vie et la création, Sur l'homme et sur l'enfant, lèpre! et deviens rayon! Sur mes frères que l'ombre aveugle de ses voiles, Pustules, ouvrez-vous et semez les étoiles! O Dieu! dont ici-bas tout n'est que la vapeur, O Dieu, rayonnement qu'adore ma stupeur, O Dieu, qui portez l'astre et tenez le tonnerre, Clarté que l'aigle montre aux aiglons dans son aire, Ame! abîme! écoutez la prière du ver! Faites devant l'été décroître l'âpre hiver, La triste nuit devant l'aurore, les misères Devant l'homme, les maux devant le bien, les serres Devant le doux oiseau, les loups devant le daim! Ramenez par la main le couple dans Eden. Réconciliez l'être, ô père, avec les choses. Arrachez doucement les épines des roses. Faites que la brebis admire le lion. Supprimez le combat, le choc, le talion; Soufflez sur les fureurs et les horreurs humaines, Et faites une fleur avec toutes ces haines! Versez sur tous leurs fronts la sereine beauté. O songeur de l'obscure et calme éternité, Etre mystérieux dont les sphères débordent, Dieu! faites se baiser les bouches qui se mordent; Emplissez de bonheur les rameaux verts, mettez La femme dans la grâce et l'homme à ses côtés; Faites mûrir le fruit; faites lâcher la proie; Faites des berceaux blancs sortir un bruit de joie, Croître le lys, fleurir l'arbre, rire le jour,
|