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Victor Hugo - La fin de Satan

Eh bien! je tire à moi tous les plis du linceul
Pour qu'il n'en flotte rien sur la tête des autres!

Eh bien! je ne sais pas quelles lois sont les vôtres,

Mais, dans mon anathème et mon accablement,

Je le dis, puisse, ô Dieu du profond firmament,

Du fond de ma nuit noire, en ce monde où nous sommes,

Mon malheur rayonner en bonheur sur les hommes!

Qu'ils vivent dans la joie et l'oubli, jamais las!

Ce qu'il vous doit, ô Dieu, l'homme l'ignore hélas!

Oh! que je sois celui qui pleure et qui rachète!

Laissez-moi vous payer leur rançon en cachette,

Dieu bon, par qui Noë connut le raisin mûr!

Femmes qui, si ma tête ose passer mon mur,

Si je tâche en passant de voir votre lumière,

Frémissantes, crachez sur ma pauvre chaumière,

Et qui vous enfuyez avec des cris d'effroi,

Que Dieu vous donne, hélas! L'amour qu'il m'ôte à moi!

Je vous bénis. Chantez dans cette vie amère.

Petit enfant qui tiens la robe de ta mère,

Et qui, si tu me vois songeant sous l'infini,

Dis: Mère, quel est donc ce monstre? sois béni.

Vous hommes, qui riez des pleurs de mes paupières,

O mes frères lointains qui me jetez des pierres,

Soyez bénis! bénis sur terre et dans les cieux!

Pères, dans vos enfants, et, fils, dans vos aïeux!

Car, puisque l'eau veut bien que ma lèvre la touche,

La bénédiction doit sortir de ma bouche,

Puisque mon bras peut prendre un fruit dans le chemin,

La bénédiction doit tomber de ma main,

Et, Ciel, puisque mon oeil voit ta face éternelle,

La bénédiction doit emplir ma prunelle!

Oui, j'ai le droit d'aimer! J'ai le droit de pencher

Mon coeur sur l'homme, l'arbre et l'onde et le rocher;

J'ai le droit de sacrer la terre vénérable

Etant le plus abject et le plus misérable!

Je dois bénir le plus étant le plus maudit.

Donc, terre, monts sacrés dont Adam descendit,

Fleuves, je vous bénis, et je vous bénis, plaines;

Vous tous, êtres! oiseaux, moutons aux blondes laines,

Fourmis des bois, pasteurs dans vos tentes de crin,

Toi, mer, qui resplendis comme un liquide airain,

Bêtes qui ressemblez à des branches horribles,

Fleurs dont les parfums sont des rayons invisibles,

Ciel qui nous dis tout bas dans l'ombre: je suis près;

Nocturnes profondeurs des muettes forêts,

Sources qui répandez vos murmures dans l'herbe,

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