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Victor Hugo - La fin de Satan
Sinistre cliquetis de l'homme contre Dieu! Combattants! combattants! sortez des nuits profondes. Les uns viendront avec des haches et des frondes; Des bêtes de la mort faites par l'homme horrible. Des couleuvres de bronze au cou long et terrible Souffleront et feront s'envoler à grand bruit Le cheval, la fanfare et l'homme dans la nuit. On meurt! on meurt! hiboux, corbeaux, noires volées! Villes prises d'assaut! ô femmes violées! O vengeance! - tuez! pourquoi? pour rien. Allez. Ils tueront. Ils tueront, de massacres essoufflés, Le riche en son palais, les pauvres dans les bouges, Et se proposeront, portant des urnes rouges, D'emplir avec du sang le sépulcre sans fond. Tuez. Ce que Dieu fit, les hommes le défont. Bien. O guerre! ô dragon qui dans l'ombre me lèches! Le grand ciel est rayé d'un ouragan de flèches! Bien. Guerre, roule-toi sur les peuples agneaux; Noue à l'humanité tes lugubres anneaux; Guerre! L'homme content veux que tu l'extermines. Détruis! fais fourmiller les légions vermines. Mange! Mange les camps, les murs, les chars mouvants, Mange les tours de pierre et les ventres vivants; Mange les dieux et mange aussi les rois; travaille; Mange le laboureur, le soc, l'épi, la paille, Le champ; mange l'abeille et mange l'alcyon; Sois le ver monstrueux du fruit création. Dieu! Pourquoi créas-tu la mort? l'homme invente; L'eunuque bat des mains, ébloui d'épouvante. Tuez, tuez! - Au nord, au couchant, au midi, Partout, cercle effroyable et sans cesse agrandi, La bataille repaît mes yeux visionnaires. Oh! le sombre avenir roule plein de tonnerres! Oh! dans l'air à jamais je vois la mort sifflant! Oh! je vois à jamais saigner la guerre au flanc De l'humanité triste, affreuse et criminelle; Et le mutilé rit à la plaie éternelle! Les races sécheront comme un torrent d'été; La vierge sera veuve avant d'avoir été; La mère pleurera d'avoir été féconde, O joie! - En ce moment Nemrod est seul au monde; La terre est encor faible et n'en peut porter qu'un; Mais le ciel germera sous le ciel importun, Mais vous pullulerez, ô glaive, ô cimeterre; Quel spectacle quand tout se mordra sur la terre, Et quand tous les Nemrods se mangeront entr'eux!
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