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Victor Hugo - La fin de Satan
Et les peuples velus à la face de singe Qui vivent dans des trous à la surface du Nil Tremblaient comme des chiens qui rentrent au chenil. Les bêtes ne savaient s'il était homme ou bête. Les hommes sous Nemrod comme sous la tempête Se courbaient; il était l'effroi, la mort, l'affront; Il avait le baiser de l'horreur sur le front; Les prêtres lui disaient: O Roi, Dieu vous admire! Ur lui brûlait l'encens, Tyr lui portait la myrrhe. Autour du conquérant le jour était obscur. Il en avait noirci des deux côtés l'azur; A l'orient montait une sombre fumée De cent villes brûlant dans la plaine enflammée; Au couchant, plein de mort, d'ossements, de tombeaux, S'abattait un essaim immense de corbeaux; Et Nemrod contemplait, roi de l'horreur profonde, Ces deux nuages noirs qu'il faisait sur le monde, Et les montrait, disant: Nations, venez voir Mon ombre en même temps sur l'aube et sur le soir.
STROPHE DEUXIEME. CEUX QUI PARLAIENT DANS LE BOIS
I Pendant qu'on l'adorait, l'eunuque son ministre Chantait d'une voix douce au fond du bois sinistre:
Mourez, vivants! Croulez, murs! Séchez-vous, sillons! Tombez, mouches du soir, peuples, vains tourbillons! Blanchissez, ossements! Pleurs, coulez! Incendies Etendez sur les monts vos pourpres agrandies! Cités, brûlez au vent! Cadavres, pourrissez! Jamais l'eunuque noir ne dira: C'est assez! Car ce banni rugit sur l'éden plein de flamme; Car ce veuf de l'amour est en deuil de son âme; Car il ne sera pas le père au front joyeux; Car il ne verra point une femme aux doux yeux Emplir, assise au seuil de la maison morose, La bouche d'un enfant du bout de son sein rose! Je suis du paradis le témoin torturé. O vivants, je me venge, et le maître exécré, C'est moi qui l'ai lâché sur la terre où nous sommes; J'ai vu Nemrod errant dans la forêt des hommes; J'ai fait un tigre avec ce lion qui passait. Je jette ma pensée, invisible lacet, Et je sens tressaillir dans ce filet le monde.
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