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Victor Hugo - La fin de Satan
Et qu'on eût dit forgé par les géants du rêve; Et de ce clou sinistre il avait fait son glaive. Nemrod était profond comme l'eau Nagaïn; Son arc avait été fait par Tubalcaïn Et douze jougs de boeuf l'eussent pu tendre à peine; Il entendait marcher la fourmi dans la plaine; Chacune de ses mains, affreux poignets de fer, Avait six doigts pareils à des gonds de l'enfer; Ses cheveux se mêlaient aux nuages sublimes; Son cor prodigieux qui sonnait sur les cimes Etait fait d'une dent des antiques mammons, Et ses flèches perçaient de part en part les monts.
III Un jour, il vit un tigre et le saisit; la bête Sauta, bondit, dressa son effroyable tête, Et se mit à rugir dans les rocs effrayés Comme la mer immense, et lui lécha les pieds; Et quand il eut dompté le tigre, il dompta l'homme; Et quand il eut pris l'homme, il prit Dan, Tyr, Sodome, Suze, et tout l'univers du Caucase au delta, Et quand il eut conquis le monde, il s'arrêta.
Alors il devint triste et dit: Que vais-je faire?
IV Son glaive nu donnait le frisson à la terre. Derrière ce glaive âpre, affreux, hideux, rouillé, La Guerre, se dressant comme un pâtre éveillé, Levait à l'horizon sa face de fantôme. Et, tout tremblants, au fond des cités, sous le chaume, Les hommes éperdus distinguaient dans la nuit, Fronde en main, et soufflant dans des trompes épiques, Cet effrayant berger du noir troupeau des piques. Ce spectre était debout à droite de Nemrod.
Nemrod, foulant aux pieds la tiare et l'éphod, Avait atteint, béni du scribe et de l'augure, Le sommet sombre où l'homme en dieu se transfigure. Il avait pour ministre un eunuque nommé Zaïm, et vivait seul, dans sa tour enfermé. L'eunuque lui montrait du doigt le mal à faire. Et Nemrod regardait comme l'aigle en son aire; Ses yeux fixes faisaient hurler le léopard. Quand on disait son nom sur terre quelque part, La momie ouvrait l'oeil dans la grande syringe,
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