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Victor Hugo - La fin de Satan
LIVRE PREMIER. LE GLAIVE
STROPHE PREMIERE. NEMROD
I De nouveaux jours brillaient; la terre était vivante; Mais tout, comme autrefois, était plein d'épouvante. L'ombre était sur Babel et l'horreur sur Endor. On voyait le matin, quand l'aube au carquois d'or Lance aux astres fuyants ses blanches javelines, Des hommes monstrueux assis sur les collines; On entendait parler de formidables voix, Et les géants allaient et venaient dans les bois.
II Nemrod, comme le chêne est plus haut que les ormes, Etait le plus grand front parmi ces fronts énormes; Il était fils de Chus, fils de Cham, qui vivait En Judée et prenait le Sina pour chevet. Son aïeul était Cham, le fils au rire infâme, Dont Noë dans la nuit avait rejeté l'âme. Cham, depuis lors, grondait comme un vase qui bout. Cham assis dépassait les colosses debout, Et debout il faisait prosterner les colosses. Il avait deux lions d'Afrique pour molosses. Atlas et le Liban lugubre au sommet noir Tremblaient quand il jouait de la flûte le soir; Parfois Cham, dans l'orage ouvrant ses mains fatales, Tâchait de prendre au vol l'éclair aux angles pâles; Arrachant la nuée, affreux, blême, ébloui, Il bondissait de roche en roche, et devant lui, Le tonnerre fuyait comme une sauterelle. Si l'ouragan passait, Cham lui cherchait querelle. Quand il fut vieux, Nemrod le laissa mourir seul. Ayant ri comme fils, il pleura comme aïeul. Donc Nemrod était fils de ces deux hommes sombres. La terre était encore couverte de décombres Quand était né, sous l'oeil fixe d'Adonaï, Ce Nemrod qui portait tant de ruine en lui.
Etant jeune, et, chassant les lynx dans leur refuge, Il avait, en fouillant les fanges du déluge, Trouvé dans cette vase un clou d'airain, tordu, Colossal, noir débris de l'univers perdu,
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