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Victor Hugo - La fin de Satan
Et le noir genre humain s'abrite dans la mort.
Tristes juges! ô deuil! quoi! pas un ne s'arrête! Le grand spectre qui porte au-dessus de sa tête L'écriteau ténébreux et flamboyant: INRI, Pâle, éploré, sanglant, fouetté, percé, meurtri, Pend devant eux au bois de la croix douloureuse, Tandis que chaque mot prononcé par eux, creuse Une fosse dans l'ombre et dresse un échafaud: A mort cet homme! à mort cette femme! il le faut! A mort le fils du peuple! à mort l'enfant du chaume! - Vous ne voyez donc pas mes clous! dit le fantôme.
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Et que de justes morts! Que de bons condamnés! Que de saints, d'un arrêt infâme couronnés! O martyre! escalade horrible du supplice! Le meurtre fier, sacré, public; la loi complice! Flots du sang innocent! Si, sur quelque sommet, L'homme des anciens jours, Jacob se rendormait, il reverrait encore une ascension d'anges, Pensifs, purs, tout baignés de lumières étranges, Montant l'un après l'autre, ayant de l'orient Et de l'immensité sur leur front souriant, Ceux-ci levant leurs mains, ceux-là dressant leur aile, Calmes, éblouissants, sereins, et cette échelle, Soeur de celle que l'ombre à ses yeux dérobait, Hélas, n'aboutit pas au ciel, mais au gibet.
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Oh! puisque c'est ainsi que les choses sont faites, Puisque toujours la terre égorge ses prophètes, Qu'est-ce qu'on doit penser et croire, ô vastes cieux! Contre la vérité le prêtre est factieux; Tous les cultes, soufflant l'enfer de leurs narines, Mâchent des ossements mêlés à leurs doctrines; Tous se sont proclamés vrais sous peine de mort; Pas un autel sur terre, hélas, n'est sans remord. Les faux dieux ont partout laissé leur cicatrice A la nature, sainte et suprême matrice; Partout l'homme est méchant, coeur vil sous un oeil fier, Et mérite la chute immense de l'éclair; Toute divinité dans ses mains dégénère En idole, et devient digne aussi du tonnerre.
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