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Victor Hugo - L'homme qui rit

- La cale est pleine.

- De quoi? demanda le chef.

- D'eau, répondit le matelot.

Le chef cria:

- Qu'est-ce que cela veut dire?

- Cela veut dire, reprit Galdeazun, que dans une demi-heure nous allons sombrer.

XVII. LA RESSOURCE DERNIÈRE

Il y avait une crevasse dans la quille. Une voie d'eau s'était faite. A quel moment? Personne n'eût pu le
dire. Était-ce en accostant les Casquets? Était-ce devant Ortach? Était-ce dans le clapotement des

bas-fonds de l'ouest d'Aurigny? Le plus probable, c'est qu'ils avaient touché le Singe. Ils avaient reçu un

obscur coup de boutoir. Ils ne s'en étaient point aperçus au milieu de la survente convulsive qui les

secouait. Dans le tétanos on ne sent pas une piqûre.

L'autre matelot, le basque du sud, qui s'appelait Ave-Maria, fit à son tour la descente de la cale, revint, et
dit;

- L'eau dans la quille est haute de deux vares.

Environ six pieds.

Ave-Maria ajouta:

- Avant quarante minutes, nous coulons,

Où était cette voie d'eau? on ne la voyait pas. Elle était noyée. Le volume d'eau qui emplissait la cale
cachait cette fissure. Le navire avait un trou au ventre, quelque part, sous la flottaison, fort avant sous la

carène. Impossible de l'apercevoir. Impossible de le boucher. On avait une plaie et l'on ne pouvait la

panser. L'eau, du reste, n'entrait pas très vite.

Le chef cria:

- Il faut pomper.

Galdeazun répondit:

- Nous n'avons plus de pompe.

- Alors, repartit le chef, gagnons la terre.

- Où, la terre?

- Je ne sais.

- Ni moi.

- Mais elle est quelque part.

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